Burkina Faso : Ibrahim Traoré rétablit la peine de mort après huit ans d’abolition



2026-10-22 10:10:00

Le Burkina Faso a réintroduit la peine de mort dans son nouveau Code pénal, adopté mardi 20 octobre 2026 par l’Assemblée législative de transition. Abolie en 2018, cette sanction concerne désormais plusieurs infractions, dont le terrorisme, la trahison et certains crimes liés à la mort d’autrui. Une décision qui suscite déjà de vives inquiétudes chez les organisations de défense des droits humains.



Le Burkina Faso opère un tournant majeur dans sa politique pénale. Mardi 20 octobre 2026, les membres de l’Assemblée législative de transition ont adopté à l’unanimité un nouveau Code pénal réintroduisant la peine capitale, sept ans après son abolition effective dans le pays. Cette réforme s’inscrit dans la volonté affichée du régime militaire dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir en septembre 2022, de renforcer l’arsenal juridique de l’État face aux menaces sécuritaires et aux atteintes à l’ordre public.


Selon les dispositions du nouveau texte, la peine de mort pourra notamment être prononcée pour des faits de terrorisme, d’espionnage, de trahison, d’assassinat, d’infanticide et de parricide. Certaines infractions liées à l’importation de produits périmés ou prohibés ayant entraîné la mort sont également concernées. Le Code prévoit plusieurs modes d’exécution, dont la fusillade, l’injection létale, la pendaison et l’électrocution. Le texte précise aussi les conditions applicables aux femmes condamnées enceintes, dont l’exécution de la peine est reportée après l’accouchement.


Cette réforme intervient dans un contexte national marqué par une insécurité persistante, alimentée depuis près d’une décennie par les attaques de groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Le gouvernement burkinabè présente le retour de la peine capitale comme un moyen de lutter contre le terrorisme et de mieux protéger les personnes et les biens. Mais cette orientation soulève également des interrogations sur la portée de la réforme et sur les garanties judiciaires entourant son application, alors que des organisations internationales dénoncent des enlèvements, des enrôlements forcés et des atteintes aux libertés visant notamment des voix critiques du pouvoir.


Human Rights Watch (HRW) a vivement réagi à cette décision, qualifiant le rétablissement de la peine de mort de « message glaçant » adressé aux opposants à la junte. L’organisation redoute que cette sanction ne devienne un instrument supplémentaire de répression de la dissidence et souligne le risque d’erreurs judiciaires irréversibles dans un système confronté à de graves préoccupations en matière de droits humains. Le nouveau Code pénal prévoit par ailleurs la peine capitale pour les pratiques homosexuelles lorsqu’elles ont entraîné la mort, après la pénalisation de l’homosexualité en septembre 2025. Alors que la dernière exécution recensée dans le pays remonte à 1988, selon Amnesty International, cette réforme ouvre une nouvelle séquence dans le débat sur la justice, la sécurité et les libertés fondamentales au Burkina Faso.