Carte de presse au Gabon : Les conditions de délivrance suscitent des interrogations



2026-10-19 12:51:00

La Direction générale de la Communication a annoncé la tenue, le 26 octobre 2026, d’une réunion de la Commission nationale de la carte de presse et des métiers du cinéma. Les dossiers de candidature doivent être déposés physiquement du 19 au 23 octobre. Mais les pièces exigées, les critères d’éligibilité et les modalités de traitement des demandes soulèvent plusieurs interrogations, notamment sur leur articulation avec les dispositions du Code de la communication.



Le processus de délivrance de la carte de presse revient au centre de l’actualité médiatique gabonaise. Selon le communiqué de la Direction générale de la Communication, la Commission nationale de la carte de presse et des métiers du cinéma doit se réunir le 26 octobre 2026. Les candidats sont invités à déposer leurs dossiers entre le 19 et le 23 octobre, au porte 106 du ministère concerné. La procédure prévoit notamment la présentation d’un casier judiciaire datant de moins de trois mois, d’un acte de naissance légalisé et d’un diplôme certifié conforme. Ce calendrier resserré pourrait compliquer les démarches pour certains professionnels, en particulier ceux qui exercent en dehors de Libreville.


Au-delà des contraintes administratives, la question centrale porte sur les critères d’accès à la profession. L’article 66 du Code de la communication, tel qu’évoqué dans les éléments transmis, prévoit plusieurs voies alternatives : un diplôme d’école de journalisme, cinq années de pratique continue ou un diplôme universitaire accompagné de cinq années de pratique tutorée. Or, les conditions mentionnées dans le communiqué sont présentées comme cumulant diplôme et ancienneté. Cette différence appelle une clarification juridique : les exigences administratives applicables à la carte de presse correspondent-elles exactement aux critères fixés par le Code, ou introduisent-elles des conditions supplémentaires ? La réponse nécessite une lecture complète des textes applicables et des dispositions encadrant le fonctionnement de la commission.


La situation des professionnels formés sur le terrain constitue un autre point de vigilance. La presse gabonaise compte des journalistes dont l’expérience s’est construite par la pratique, parfois sans formation initiale spécialisée. Les modalités d’application des critères légaux seront donc déterminantes pour éviter que ces profils soient écartés si leur parcours répond aux conditions prévues par la loi. Par ailleurs, l’ordonnance du 26 février 2026 aurait introduit la catégorie des professionnels « assimilés » de la communication numérique, soumis à des obligations éthiques comparables à celles des journalistes, sans exigence équivalente de diplôme ou d’ancienneté. La place de cette catégorie dans le dispositif de délivrance de la carte mérite également d’être précisée, tout comme celle des journalistes indépendants.


La transparence institutionnelle constitue un troisième enjeu. Les dispositions évoquées renvoient aux textes en vigueur pour la composition et le fonctionnement de la commission. Il importe donc de connaître sa composition, les modalités de représentation des professionnels, la fréquence de ses sessions et les voies de recours ouvertes aux candidats en cas de refus. La question de la validité de la carte délivrée à l’issue de la session d’octobre doit également être clarifiée : concernera-t-elle l’année 2026 ou l’année 2027 ? Enfin, alors que les administrations publiques s’engagent progressivement dans la dématérialisation, la possibilité d’un dépôt en ligne ou d’une procédure simplifiée pourrait faciliter l’accès au dispositif pour les professionnels établis dans les provinces.


Le retour de la carte de presse peut constituer une avancée pour la reconnaissance et l’identification des professionnels des médias. Sa portée dépendra néanmoins de la clarté des règles, de l’équité du traitement des dossiers et de la cohérence entre les exigences administratives et les textes juridiques applicables. La carte ne saurait, à elle seule, résoudre les difficultés structurelles du secteur ni garantir de meilleures conditions d’exercice. Pour renforcer la confiance des professionnels, les autorités gagneraient à préciser les critères retenus, à rendre accessibles les textes de référence et à expliquer les procédures de recours. L’objectif devrait être de concilier la régulation du secteur, le respect du droit et la reconnaissance de la diversité des parcours journalistiques.