Gabon : 2,8 milliards de dollars perdus, d’évasion fiscale en 2024
2026-04-07 21:15:00
Alors que la dépendance au pétrole continue de rythmer l’économie gabonaise, une menace plus structurelle compromet durablement les finances publiques : l’évasion fiscale. En 2024, le manque à gagner atteint 2,8 milliards de dollars, révélant l’urgence d’une réforme en profondeur du système fiscal.
L’économie gabonaise
reste historiquement tributaire des fluctuations des cours du pétrole.
Pourtant, derrière cette vulnérabilité conjoncturelle se cache un problème bien
plus profond : l’évasion fiscale. Selon les estimations récentes de la Banque
africaine de développement (BAD), le pays a enregistré en 2024 un manque à
gagner de près de 2,8 milliards de dollars, soit environ 1 591,8 milliards de
FCFA. Une perte colossale qui échappe aux circuits officiels et prive l’État de
ressources essentielles.
Cette fuite massive de
capitaux s’explique en grande partie par l’obsolescence du cadre juridique en
vigueur. Conçu dans un contexte économique révolu, le système fiscal peine
aujourd’hui à suivre la complexité des flux financiers internationaux. Les failles
réglementaires sont exploitées par des mécanismes sophistiqués d’optimisation
et de fraude, rendant inefficace une architecture financière qui n’a pas été
suffisamment modernisée.
Les conséquences sur
les finances publiques sont significatives. Avec un déficit budgétaire estimé à
3 % du PIB en 2024 et un taux d’endettement proche de 75 %, le recouvrement,
même partiel, de ces fonds permettrait de réduire considérablement les besoins
de financement de l’État. Cela limiterait le recours à l’endettement extérieur,
de plus en plus coûteux, et offrirait une marge de manœuvre pour financer les
infrastructures sociales.
Au-delà des chiffres,
la question de la gouvernance financière se pose avec acuité. L’efficacité des
dispositifs de contrôle, notamment la Cour des Comptes ou les mécanismes de
suivi de la dette, dépend désormais de leur capacité à fonctionner en synergie.
Le renforcement de la transparence dans les industries extractives, où le pays
affiche encore un score faible en matière de propriété effective, constitue un
levier stratégique pour améliorer la performance fiscale.
Dans ce contexte, la
lutte contre l’évasion fiscale apparaît comme une priorité nationale.
Transformer ces « richesses invisibles » en ressources concrètes pour le
développement est un impératif. À défaut, le Gabon risque de voir ses ambitions
économiques compromises par une fuite continue de capitaux qu’il ne peut plus
se permettre d’ignorer.