Gouvernance mondiale de l’iboga : les principaux enseignements d’Aspen 2025
2025-11-10 11:13:00
Du 06 au 09 novembre 2025, Aspen a accueilli un panel mondial d’experts, de scientifiques, de décideurs politiques et de représentants institutionnels venus définir les bases du futur encadrement légal et médical de l’ibogaïne.
Face à l’intérêt croissant des États-Unis pour cette molécule aux usages
thérapeutiques prometteurs — notamment dans le traitement des addictions, des
traumatismes et de la dépression — la présence du Gabon, berceau naturel,
culturel et spirituel de l’iboga, s’est imposée comme un moment décisif.
La délégation gabonaise, invitée après sa
prise de parole remarquée lors de la conférence MAPS de Denver en juin dernier,
incarne l’équilibre recherché entre dimensions traditionnelle, diplomatique et
technico-juridique. Elle réunit BOTF (représenté par Yann Guignon et Georges
Gassita), porteur d’une expertise réglementaire et interculturelle ; Maghanga
Ma Nzambé, représenté par Me Henri Paul Moubeyi Bouale, gardien du rite Bwete ;
ainsi que Son Excellence Noël Nelson Messone, Ambassadeur du Gabon aux
États-Unis, garant de l’ancrage diplomatique. Une combinaison inédite qui
confère au Gabon une légitimité rare dans les échanges.
Au cœur des discussions : la nécessité d’une
gouvernance mondiale responsable. Les États-Unis ont présenté des pistes pour
harmoniser les cadres de recherche clinique, mutualiser coûts et risques,
garantir l’accès prioritaire aux futurs traitements, et instaurer une
coordination bipartisane fédérale-États ouverte aux partenaires internationaux
— dont le Gabon. Ce modèle pourrait inspirer d’autres pays, faisant d’Aspen un
laboratoire de référence pour la gestion globale de l’ibogaïne.
Le Gabon, pour sa part, a défendu une feuille
de route structurée autour de quatre piliers : (1) la reconnaissance explicite
du rite Bwete et des savoirs autochtones ; (2) la préservation du patrimoine
naturel et culturel ; (3) un partage équitable des bénéfices générés par la
recherche et la valorisation internationale ; (4) la mise en place de
mécanismes de gouvernance transparents, incluant les communautés locales. Une
déclaration commune entre BOTF Gabon, Maghanga Ma Nzambé et le collectif
américain Americans for Ibogaine est d’ailleurs à l’étude pour sceller ce
partenariat transnational.
Alors que l’industrie biomédicale s’organise à grande vitesse, Aspen 2025
pourrait marquer un tournant : si le Gabon s’affirme et parle d’une seule voix,
il restera maître du destin culturel et stratégique de l’iboga. Dans le cas
contraire, d’autres pourraient en écrire l’avenir — sans lui.