Journée du retraité, octobre rose : Après les campagnes, quels résultats?
2026-10-01 12:46:00
Septembre se termine. Octobre commence. Et avant de parler d’Octobre Rose, j’aimerais prendre un moment pour parler de nos aînés. Au Gabon, ce 1er octobre 2026, nous célébrons la première Journée nationale des retraités et des personnes âgées. Une journée pour saluer celles et ceux qui ont consacré une partie de leur vie à construire nos familles, nos administrations, nos entreprises et, plus largement, notre pays. Chez nous, saluer une personne âgée, lui témoigner du respect, lui venir en aide, c’est bien plus qu’une marque de politesse. C’est une valeur. C’est notre culture. C’est ce que nous avons appris de nos parents et de nos grands-parents. Et à mes yeux, c’est aussi cela, le changement de mentalité que nous appelons de nos vœux : retrouver le sens du collectif, de la solidarité, de la responsabilité et du respect de l’autre.
Alors oui, il faut saluer cette
journée. Il faut saluer la vision du Président de la République, Brice
Clotaire OLIGUI NGUEMA, et les efforts engagés en faveur de nos retraités,
notamment avec la revalorisation des pensions, à plus de 30%. E effet, entre
février 2024 et mars 2025, plus de 70 milliards de FCFA ont été mobilisés au
bénéfice de plus de 73 000 retraités. Une mesure importante qui a contribué
à améliorer le quotidien de nombreux retraités. Et si la revalorisation des
pensions constitue une avancée, les défis restent nombreux. Beaucoup de nos
parents vivent encore difficilement. Alors, au-delà des festivités du 1er
octobre, j’espère que cette journée permettra aussi d’ouvrir le débat sur l’après.
Parce qu’une une journée consacrée à nos aînés ne doit pas se résumer à une
journée de célébration. Elle doit être l’occasion de mettre sur la table
les vrais enjeux et poser les bonnes questions. Quelle politique globale pour
le vieillissement ? Quels dispositifs pour les personnes âgées isolées ? Quel
accès aux soins ? Quels espaces de loisirs et de socialisation ? Quelle
protection sociale? Quel accompagnement pour celles et ceux qui n’ont plus de
famille proche ?
Et surtout : quel budget et
quel plan d’action pour transformer ces ambitions en résultats ? Car, à mon
sens, chaque franc investi dans un événement doit contribuer à produire un
impact. Pour nos aînés, cet impact devrait être très concret : mieux
vivre, mieux se soigner, mieux vieillir et vivre dans la dignité. C’est
cette culture du résultat que nous devons désormais encourager.
Et c’est exactement la même
question que je me pose à l’occasion d’Octobre Rose.
Après la sensibilisation, où
sont les résultats ? Voilà près d’une décennie que nous multiplions les
campagnes de sensibilisation aux cancers féminins. La sensibilisation
est indispensable. Mais après toutes ces années, nous devons aussi être
capables de mesurer ce qu’elle produit concrètement. Combien de femmes sont
dépistées ? Combien de cancers sont détectés précocement ? Combien sont
effectivement prises en charge ? Quels sont les taux de guérison ? Combien de
femmes décèdent encore et pourquoi ? Quels sont les obstacles à la prise en
charge ? Quels moyens faut-il renforcer ?
Et surtout : quelles actions
concrètes mettons-nous en œuvre pour faire évoluer ces chiffres ? Parce
qu’en 2026, après autant de campagnes, nous devons pouvoir parler davantage d’impact
que de communication. Faire du sport, marcher, boire un jus frais, porter
du rose : tout cela peut contribuer à créer une dynamique collective.
Mais Octobre Rose ne peut pas
être uniquement un mois de communication. Et c’est en ce sens que je
partage le message porté par Madame Anouchka OLIGUI NGUEMA à la clôture
de « Septembre en Or Gabon 2026 ». Portée par la Fondation Dorcas sous le thème
« Voir tôt. Agir tôt. », cette campagne consacrée aux cancers
pédiatriques nous rappelle une chose essentielle : une campagne peut avoir
une date de début et une date de fin, mais une maladie, elle, ne s’arrête pas
lorsque le calendrier change de mois. Elle rappelle qu’il est important que
derrière chaque campagne, il y ait une mobilisation qui survit à la campagne. Institutions, professionnels de santé,
associations, entreprises, médias et citoyens ont tous un rôle à jouer, nous
devons désormais tous nous poser des questions plus précises. Pour nos
personnes âgées : combien de personnes isolées accompagnons-nous ? Combien
ont accès à des soins adaptés ? Quels dispositifs avons-nous renforcés ? Quel
budget consacrons-nous réellement à leur bien-être ?
Pour le cancer : combien de
personnes dépistées ? Combien prises en charge ? Dans quels délais ? Avec quels
résultats ? Et pourquoi ne pas regarder aussi les réalités territoriales ? Quelles
sont les provinces les plus touchées ? J’ai récemment lu une analyse
faisant état de taux importants de cancers dans le Haut-Ogooué et évoquant
notamment la question des facteurs environnementaux et industriels. Ces données
doivent naturellement être objectivées et étudiées scientifiquement.
Mais si des risques spécifiques
sont identifiés, une question devient incontournable : que faisons-nous?
Les politiques de santé publique et les actions de RSE des entreprises
industrielles présentes dans ces territoires prennent-elles suffisamment en
compte ces enjeux ?
Comment l’État s’assure-t-il que
le développement économique de nos territoires s’accompagne d’une protection
effective de la santé des populations ? Développer un territoire, c’est
aussi protéger ceux qui y vivent. Nous avons malheureusement, encore trop,
tendance à penser que le cancer est une maladie lointaine, une maladie de « blancs
», de riches ou de pays développés. Mais non. Le cancer touche nos familles,
nos amis, nos collègues, nos voisins. Il est proche de nous. Et lorsque
l’on a perdu un être cher à cause de cette maladie, ces questions prennent une
tout autre dimension.
C’est pourquoi je rejoins
pleinement cette idée exprimée par Madame Anouchka OLIGUI NGUEMA : nous
devons nous soucier des personnes malades tous les jours et pas uniquement
pendant les périodes de campagne. Passer des symboles aux résultats C’est
peut-être finalement cela, le véritable enjeu. Parce que les campagnes sont
utiles. Les événements sont utiles. La communication est utile. Mais ils ne
peuvent être la finalité. Ils doivent être le point de départ d’une action
durable, mesurable et utile. Pour nos aînés comme pour les personnes touchées
par le cancer, nous devons progressivement passer de la sensibilisation à
l’action, de l’action au suivi, et du suivi aux résultats.
Le 1er octobre, honorons donc nos
retraités et nos personnes âgées. Mais faisons davantage que les célébrer. Puissions-nous,
au-delà des discours, des cérémonies et des campagnes, être plus utiles.
Bonne Journée nationale des retraités et des personnes âgées à toutes et à
tous.
Naziha BHONGO BINGOURE
Fondatrice de BiBa Consulting et BiBa 241