Jean-Pierre Oyiba : « Dix mois après, Oligui Nguema reste guidé par son projet »
2026-03-12 10:53:00
Dix mois après l’élection de Brice Clotaire Oligui Nguema à la magistrature suprême, le débat sur l’efficacité de l’action gouvernementale continue d’animer la scène politique gabonaise. Dans un entretien accordé au quotidien L’Union, le Haut représentant personnel du chef de l’État et figure influente de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), Jean‑Pierre Oyiba, dresse un premier bilan d’étape marqué à la fois par la défense de l’action présidentielle et la reconnaissance des difficultés structurelles auxquelles le pays demeure confronté.
Pour l’ancien coordonnateur général de la campagne présidentielle de 2025, le cap fixé par le chef de l’État n’a pas varié. Selon lui, l’action du président reste pleinement guidée par le projet de société articulé autour de six piliers, présenté aux Gabonais avant le scrutin du 12 avril 2025. Ce programme couvre notamment l’accès à l’eau et à l’électricité, l’employabilité des jeunes, le développement des infrastructures, la justice sociale, la diversification économique et la réforme des institutions.
Dans son analyse, Jean-Pierre Oyiba replace d’abord l’arrivée au pouvoir de Brice Clotaire Oligui Nguema dans le contexte d’un profond malaise national, marqué à l’époque par des frustrations sociales et politiques. La période de transition, rappelle-t-il, aurait permis de poser les bases d’une refondation institutionnelle, avec l’adoption d’une nouvelle Constitution et l’organisation d’élections qu’il qualifie de libres et transparentes.
Mais dix mois après le début du mandat, l’enthousiasme initial se heurte aux réalités du terrain. Les délestages récurrents à Libreville, les difficultés persistantes d’accès à l’eau potable ou encore les tensions sociales dans certains secteurs, notamment l’éducation, alimentent les critiques et nourrissent un scepticisme croissant dans l’opinion.
Sur ces sujets sensibles, Jean-Pierre Oyiba adopte un ton à la fois défensif et lucide. Il reconnaît que les défaillances dans les secteurs de l’eau et de l’électricité traduisent avant tout un retard accumulé depuis des années dans les investissements et la modernisation des infrastructures. Selon lui, les efforts engagés par l’État visent précisément à corriger ces déséquilibres structurels, même si les résultats ne peuvent être immédiats.
Concernant la crise sociale dans l’éducation, il salue l’implication directe du chef de l’État dans la recherche d’une issue aux tensions avec les enseignants. Il insiste également sur la nécessité pour le gouvernement de respecter scrupuleusement les engagements pris lors des négociations afin de restaurer durablement la confiance entre l’exécutif et les partenaires sociaux.
Sur le plan économique, l’entretien met en lumière les ambitions industrielles du pouvoir. La transformation locale des matières premières, notamment le manganèse, ainsi que le développement du projet d’exploitation du fer de Belinga figurent parmi les priorités stratégiques du gouvernement. Pour Jean-Pierre Oyiba, ces projets structurants doivent permettre à terme de réduire la dépendance du Gabon aux hydrocarbures et de renforcer la diversification de l’économie nationale.
Dans le même registre, il défend également la décision controversée du rachat de la société pétrolière Assala par l’État gabonais. Une initiative critiquée par certains acteurs politiques en raison de son coût élevé et de l’endettement qu’elle implique. Pour lui, il s’agit avant tout d’un acte de souveraineté économique destiné à permettre au pays de mieux maîtriser les ressources issues de son sous-sol.
L’entretien aborde aussi la question sensible des relations avec le Fonds monétaire international. Dans un contexte budgétaire contraint et marqué par les décisions prises au niveau de la CEMAC, le Gabon s’oriente vers de nouvelles négociations avec l’institution financière internationale. Jean-Pierre Oyiba reconnaît que ces discussions pourraient impliquer des efforts pour l’ensemble de la population, mais estime qu’elles sont nécessaires pour rétablir l’équilibre des finances publiques.
Enfin, l’homme politique pointe un autre défi : celui de la communication gouvernementale. Selon lui, les actions du chef de l’État ne sont pas toujours suffisamment expliquées ni valorisées dans l’opinion. Il appelle ainsi l’ensemble des acteurs politiques, gouvernementaux et partisans à mieux relayer les initiatives présidentielles afin de consolider le climat de confiance entre les institutions et les citoyens.
Au terme de cet entretien, le Haut représentant personnel du chef de l’État se veut résolument optimiste. Malgré les tensions sociales, les contraintes financières et les critiques politiques, Jean-Pierre Oyiba affirme que le projet porté par Brice Clotaire Oligui Nguema reste intact et que sa réussite dépendra désormais de la capacité collective des institutions et des forces politiques à accompagner les réformes engagées.