Quand le silence de l’État devient une seconde tragédie
2026-03-10 19:43:00
Hier, un jeune élève en classe de 1ère S a mis fin à ses jours en se jetant depuis la passerelle du lycée Léon Mba.
Derrière ce drame insoutenable, il y a une famille brisée, des camarades traumatisés, des enseignants bouleversés et toute une communauté éducative plongée dans l’incompréhension. Face à une telle tragédie, une chose est attendue : la parole de l’État. Une parole d’empathie, de soutien et de responsabilité. Pourtant, ce qui domine aujourd’hui, c’est un silence assourdissant.
Dans des moments aussi sensibles, les institutions ne peuvent pas se contenter de regarder passer l’émotion collective. Car, au-delà de l’émotion et de la douleur des proches, un tel événement met aussi à l’épreuve la capacité des institutions à parler, à encadrer l’information et à accompagner la communauté touchée.
Parler, pas pour polémiquer, mais pour faire ce que l’État doit toujours faire dans une crise humaine : présenter des condoléances à la famille, reconnaître la douleur nationale et rassurer la jeunesse.
Car ce drame ne concerne pas seulement une famille. Il touche toute une génération d’élèves qui, aujourd’hui, se posent des questions. Ils ont besoin d’entendre que leurs difficultés sont prises au sérieux. Ils ont besoin de savoir qu’ils ne sont pas seuls. Dans une telle situation, l’annonce immédiate d’une cellule de crise psychologique au sein de l’établissement aurait été un signal fort. Les élèves qui ont assisté à la scène, ceux qui connaissaient la victime, ceux qui se sentent fragilisés, doivent pouvoir parler, être écoutés et accompagnés.
La communication de crise n’est pas un luxe institutionnel. C’est un devoir. L’État doit adresser un message direct à la jeunesse : vous comptez, votre vie compte, vos difficultés doivent être entendues.
Certains invoqueront la suspension des réseaux sociaux pour expliquer ce mutisme. Cet argument ne tient pas. Les institutions disposent de nombreux autres canaux : la télévision et la radio nationales, les sites internet officiels, les communiqués relayés par les médias, ou même de simples messages WhatsApp institutionnels pouvant être largement diffusés. L’État possède les moyens de parler à ses citoyens, même lorsque certains outils sont indisponibles.
D’ailleurs, si la décision de suspendre les réseaux sociaux relève d’une réflexion mûrie par les autorités de régulation, elle doit nécessairement s’accompagner d’une stratégie claire de communication alternative.
Ce type de drame rappelle justement l’importance du rôle de l’autorité de régulation de l’information, car la diffusion de vidéos montrant la scène du drame a suscité un malaise profond. Et c’est précisément dans ces moments que l’on attend la voix de la HAC : pour rappeler les règles de responsabilité, appeler les citoyens à ne pas partager des images portant atteinte à la dignité de la victime et à la douleur de sa famille, et sensibiliser à l’impact humain de la circulation de contenus traumatisants.
La régulation de l’information ne consiste pas seulement à encadrer les plateformes ou les médias. Elle consiste aussi à accompagner la société dans les moments sensibles, en rappelant les principes d’éthique et de respect qui doivent guider la circulation de l’information.
Au-delà de l’émotion, ce drame devrait aussi ouvrir un débat national sur la santé mentale des jeunes, la pression scolaire, les influences nocives comme la drogue ou les environnements à risque. L’État pourrait saisir cette tragédie pour lancer une campagne nationale de sensibilisation, mobiliser les établissements scolaires, les psychologues et les familles autour de la prévention.
Parce que lorsqu’un jeune disparaît ainsi, c’est toute la société qui doit se regarder en face. Et dans ces moments-là, la parole publique n’est pas simplement institutionnelle : elle est profondément humaine et doit contribuer à apaiser, à rassurer et à rappeler que la Nation reste attentive à sa jeunesse.
Car le silence, lui, ne soigne personne. Il ne console pas les parents. Il ne rassure pas les élèves. Et il ne protège pas l’avenir.