Archives nationales : Le Gabon face au défi de la souveraineté informationnelle



2026-09-25 14:39:00

Dans un article publié par l’Institut Concorde, Estelle OBE et Ornella DOUMBA mettent en lumière un enjeu encore peu visible mais stratégique pour le Gabon : faire des archives une véritable infrastructure de souveraineté informationnelle. Une réflexion qui prend d’autant plus de sens qu’Ornella Doumba a également créé E-Flow, une société spécialisée dans l’archivage, pour apporter des réponses concrètes aux défis de gestion, de conservation et de transformation numérique des documents auxquels font face les organisations.



Les archives ne racontent pas seulement l’histoire du pays : elles servent aussi de preuves. État civil, titres fonciers, dossiers judiciaires, contrats, documents fiscaux ou archives médicales permettent aux citoyens comme aux administrations de retrouver la trace d’un droit, d’une décision ou d’une propriété. Pour Estelle OBE et Ornella  DOUMBA, leur conservation constitue donc un enjeu de gouvernance autant que de mémoire. Pour l’État, disposer de documents fiables permet également d’assurer la continuité de l’action publique, indépendamment des changements institutionnels. L’archive devient ainsi un outil concret pour protéger les droits des citoyens et renforcer la confiance dans l’administration.

Du papier à la donnée, un enjeu de souveraineté

La question prend une nouvelle dimension avec la transformation numérique de l’administration. La souveraineté informationnelle repose sur la capacité d’un État à produire, conserver, organiser et exploiter ses propres données, mais aussi à en maîtriser les conditions d’accès. Or, une partie importante des informations administratives gabonaises demeure encore sous format papier. La numérisation des registres d’état civil, des titres fonciers, des archives judiciaires ou encore des documents fiscaux apparaît donc comme un prolongement des politiques de souveraineté numérique. Pour les deux auteures, les datacenters et infrastructures numériques ne pourront pleinement jouer leur rôle que s’ils sont alimentés par des données nationales fiables, structurées et accessibles.

E-Flow, une réponse entrepreneuriale aux défis de l’archivage

Cette problématique trouve également une traduction dans le parcours d’Ornella DOUMBA, qui a créé E-Flow autour des enjeux d’archivage et de gestion documentaire. L’entreprise, référencée à Libreville dans le secteur de l’archivage, s’inscrit dans cette volonté de répondre aux difficultés auxquelles les organisations sont confrontées dans la conservation et la gestion de leurs documents. À travers cette initiative, la réflexion portée dans l’article prend une dimension très concrète : mieux archiver, ce n’est pas uniquement préserver des documents, mais permettre de retrouver l’information au moment où elle devient nécessaire, sécuriser les données et accompagner progressivement le passage du document physique vers des environnements numériques structurés. Une approche qui rejoint directement les enjeux de gestion électronique des documents et de transformation digitale portés par E-Flow.

Cinq leviers pour transformer les archives

Dans leur analyse, Estelle OBE et Ornella DOUMBA identifient cinq leviers pour structurer cette transformation : une volonté politique clairement assumée, une chaîne de traitement maîtrisée, des financements adaptés, des normes communes garantissant l’interopérabilité et, surtout, des compétences nationales capables de porter durablement le chantier. L’enjeu ne consiste donc pas simplement à scanner des documents. Il faut identifier les fonds prioritaires, les collecter, les classer selon des référentiels communs, les numériser dans des formats pérennes et les conserver sur des infrastructures sécurisées. Une démarche qui pourrait d’abord être appliquée aux documents les plus sensibles pour les droits des citoyens : état civil, foncier, justice et fiscalité.

L’INABD ouvre une nouvelle étape

La création de l’Institut National des Archives, de la Bibliothèque et de la Documentation (INABD) constitue, dans cette perspective, une étape importante. Son projet de loi a été adopté en Conseil des ministres le 22 mai 2026 puis voté par le Sénat le 29 juin. Cette évolution intervient alors que le Gabon s’est également doté, en janvier 2026, d’un nouveau cadre relatif à l’archivage électronique. Pour les auteures, l’enjeu sera désormais de faire converger ces réformes afin d’éviter que la gestion des archives physiques, la conservation numérique et les politiques de données publiques évoluent séparément.

Faire des archives un actif stratégique

À travers leur contribution, Estelle OBE  et Ornella DOUMBA défendent finalement une vision plus large de l’archive : celle d’un actif stratégique qui protège les droits, assure la continuité de l’État et participe à la construction de la mémoire nationale. Avec l’INABD, le nouveau cadre de l’archivage électronique et l’émergence d’acteurs privés comme E-Flow, le Gabon dispose progressivement de plusieurs pièces du puzzle. Le véritable défi sera désormais de les articuler pour passer d’archives dispersées et parfois difficiles d’accès à un patrimoine documentaire structuré, sécurisé et exploitable. Une ambition qui donne aussi tout son sens à la démarche d’Ornella DOUMBA  : faire de l’archivage non plus une simple fonction administrative, mais un véritable levier de transformation des organisations et de souveraineté informationnelle.