Centrale d’achat : le recadrage du président révèle-t-il les limites du modèle actuel ?



2026-06-15 17:40:00

Parmi les séquences marquantes de son discours à la Nation, le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a livré un recadrage sans équivoque concernant le fonctionnement de la Centrale d’Achat. En dénonçant le fait que certains détaillants viendraient s’approvisionner en grandes quantités pour ensuite revendre les produits aux populations avec une marge commerciale, le chef de l’État a mis en lumière une problématique qui dépasse le simple respect des règles : celle de la fidélité du dispositif à sa mission originelle.



Car la Centrale d’Achat a été pensée comme un mécanisme destiné à soulager directement le pouvoir d’achat des Gabonais en proposant des produits à des prix plus accessibles. Son objectif n’était pas de créer une nouvelle source d’approvisionnement pour des intermédiaires cherchant à réaliser des bénéfices sur des produits subventionnés ou vendus à prix réduits. Si les observations du président se confirment, cela signifie qu’une partie des avantages consentis par l’État pourrait finalement ne pas profiter directement aux consommateurs finaux.

Des produits proposés à prix réduits grâce à l’intervention publique peuvent se retrouver quelques heures plus tard sur le marché à des tarifs supérieurs, réduisant ainsi l’impact recherché sur le pouvoir d’achat des ménages. Cette situation pose plusieurs questions. Les mécanismes de contrôle sont-ils suffisamment efficaces ? Les quantités vendues par client sont-elles adaptées aux objectifs du programme ? Les bénéficiaires visés sont-ils réellement ceux qui profitent du dispositif ? Et surtout, la Centrale d’Achat est-elle aujourd’hui organisée de manière à empêcher les phénomènes de spéculation ou de revente ?

Le recadrage présidentiel met ainsi en évidence une faiblesse potentielle du système : lorsqu’un dispositif social n’est pas suffisamment encadré, certains acteurs économiques peuvent être tentés d’en capter les bénéfices au détriment de l’objectif collectif.

Pour autant, cette réalité ne remet pas nécessairement en cause la pertinence de la Centrale d’Achat elle-même. Au contraire, elle rappelle que l’efficacité d’une politique publique ne dépend pas uniquement de son intention initiale, mais aussi de sa capacité à atteindre ses bénéficiaires réels. L’intervention du chef de l’État apparaît donc comme un appel à la vigilance et à l’amélioration du dispositif.

 Car au fond, la question n’est pas de savoir si la Centrale d’Achat est une bonne idée. La véritable question est de savoir si son fonctionnement actuel permet encore de garantir que les avantages financés par l’État profitent effectivement aux populations pour lesquelles ils ont été créés. Si ce n’est pas le cas, alors le débat ouvert par le président mérite d’être approfondi : faut-il renforcer les contrôles, revoir les modalités d’accès ou repenser certains mécanismes afin que la Centrale d’Achat remplisse pleinement sa mission sociale ? C’est sans doute l’un des principaux enseignements de ce recadrage présidentiel.