Enième délestage annoncé par Dame SEEG : jusqu’à quand les Gabonais devront-ils vivre dans le noir ?
2026-06-10 11:12:00
Une nouvelle panne. Un nouveau communiqué. Une nouvelle promesse de rétablissement "dans les meilleurs délais". Et, comme souvent, des milliers de Gabonais plongés dans l'obscurité, contraints de suspendre leurs activités, de voir leurs appareils s'éteindre et leurs denrées alimentaires se détériorer. À force de répétition, la question n'est plus de savoir pourquoi une panne est survenue, mais pourquoi un pays tout entier semble condamné à subir ce qui est devenu une routine nationale.
Cette fois encore, la Société d'énergie et d'eau du Gabon invoque un défaut technique sur un poste de transformation situé à Bikélé pour expliquer les coupures enregistrées dans plusieurs quartiers du Grand Libreville. PK12, PK13, PK14, Nationale 1 : les habitants de ces zones connaissent désormais par cœur le scénario. L'électricité disparaît, les explications arrivent quelques heures plus tard et les usagers n'ont plus qu'à attendre. Une situation qui soulève une interrogation de plus en plus présente dans l'opinion publique : qu'ont fait les Gabonais pour mériter une telle succession de désagréments ? Dans un pays riche en ressources naturelles et engagé dans de vastes ambitions de modernisation, comment expliquer que l'accès à un service aussi essentiel que l'électricité demeure aussi fragile ?
Plus préoccupant encore, ces interruptions semblent toujours survenir comme des événements imprévisibles alors qu'elles concernent des infrastructures censées faire l'objet d'un suivi permanent. Pourquoi les pannes paraissent-elles systématiquement découvertes après leur survenue plutôt qu'anticipées avant qu'elles ne plongent des quartiers entiers dans le noir ? Où en sont les programmes de maintenance préventive ? Quels investissements ont été réalisés pour renforcer la résilience du réseau ? Autant de questions qui reviennent après chaque incident et auxquelles les usagers peinent à obtenir des réponses précises. Pendant ce temps, les ménages s'adaptent tant bien que mal, les commerces enregistrent des pertes et les petites entreprises voient leur productivité affectée par des coupures devenues presque ordinaires.
Le plus surprenant est peut-être ailleurs : dans la capacité extraordinaire de résilience développée par les populations. Générateurs, lampes rechargeables, batteries de secours, congélateurs surveillés comme des trésors nationaux... les Gabonais ont fini par intégrer dans leur quotidien ce qui devrait pourtant demeurer exceptionnel. Mais cette résignation semble aujourd'hui atteindre ses limites. Car derrière chaque panne se cache une réalité économique et sociale bien concrète. Dans un pays qui ambitionne d'accélérer sa transformation numérique, d'attirer davantage d'investissements et de moderniser son économie, la récurrence des coupures d'électricité apparaît de plus en plus comme une contradiction difficile à justifier. Une panne peut être comprise. Deux peuvent être tolérées. Mais lorsque les interruptions deviennent une habitude nationale, elles cessent d'être de simples incidents techniques pour devenir un véritable sujet de gouvernance publique. Et à mesure que les lumières s'éteignent, la patience des usagers semble, elle aussi, commencer à manquer d'énergie.