Fitch abaisse la note du Gabon : crise de liquidité et dette en alerte



2025-12-21 11:29:00

L’agence de notation internationale Fitch Ratings a décidé le 19 décembre 2025 d’abaisser davantage la note de crédit souveraine du Gabon, plongeant le pays encore plus profondément dans la « catégorie spéculative » dans un contexte de pressions financières croissantes.



Fitch a retiré une nouvelle fois des échelons à la note gabonaise. Note à long terme en devises étrangères rétrogradée de CCC à CCC-, signalant un risque accru de défaut.

Note à long terme en monnaie locale portée de CCC à CC, reflétant des tensions internes encore plus fortes sur la capacité de financement. 

Cette action intervient dans un climat où le gouvernement peine à gérer ses finances, face à une hausse des déficits, une demande affaiblie pour sa dette et des contraintes de liquidité importantes. 

 

Fitch justifie sa décision par plusieurs éléments convergents.

Des pressions sévères sur la liquidité publique : le Gabon rencontre des difficultés à mobiliser des ressources suffisantes pour financer ses dépenses et honorer ses obligations financières, créant des tensions sur les caisses de l’État. 

Des déficits budgétaires en expansion : la politique budgétaire expansionniste depuis 2024 se traduit par un déficit qui pourrait atteindre 6,1 % du PIB en 2025, contre 3,7 % en 2024. 

Un accès limité aux marchés de capitaux régionaux : la demande pour les titres gabonais, notamment sur les marchés de la CEMAC, s’est fortement réduite depuis la fin des conditions préférentielles, compliquant la recherche de financements. 

Une accumulation d’arriérés : face aux contraintes de trésorerie, l’État accumule des arriérés envers ses fournisseurs et créanciers, affaiblissant encore sa crédibilité financière. 

 

Fitch anticipe une hausse de l’endettement à environ 80 % du PIB en 2025, et encore plus dans les années suivantes si des mesures correctives ne sont pas prises.  Cela place le Gabon au-dessus de la moyenne des pays de même catégorie et bien au-dessus du seuil de convergence des États de la CEMAC.  La dépendance continue aux revenus pétroliers, très volatils sur les marchés mondiaux, accentue encore la fragilité des recettes publiques. 

 

Cette dégradation aura certainement des répercussions concrètes pour l’économie gabonaise.

Coûts d’emprunt plus élevés : avec une note dans la zone spéculative, les prêteurs exigeront des taux plus élevés pour compenser le risque, augmentant le coût de la dette.

Accès au financement international restreint : les investisseurs internationaux sont moins enclins à souscrire à des titres d’un pays perçu comme risqué, limitant l’accès aux marchés de capitaux.

Pression sur les finances publiques : des ressources plus importantes devront être allouées au service de la dette, au détriment des investissements sociaux, infrastructures ou programmes publics.

 

Le gouvernement gabonais est face à un double défi : rétablir la confiance des marchés par des réformes budgétaires, une meilleure gestion des dépenses et une transparence accrue des comptes publics ; explorer des partenariats financiers et des programmes d’assistance, potentiellement avec des institutions telles que le FMI, bien que Fitch note qu’un tel programme n’est pas garanti à court terme. 

Des mesures fiscales, comme l’introduction de nouvelles taxes ou des politiques visant à élargir l’assiette fiscale, pourraient faire partie de l’ajustement économique nécessaire.