Gabon : 72 000 tonnes de poulet de chair, le pari de 2027
2026-04-23 12:17:00
Avec un objectif de production de 72 000 tonnes de poulet d’ici 2027, le Gabon engage une transformation majeure de sa filière avicole. Entre investissements massifs et défis structurels, le pari de l’autosuffisance reste incertain.
Le Gabon s’engage dans une course contre la
montre pour réduire sa dépendance alimentaire, notamment dans le secteur
stratégique de la volaille. Aujourd’hui, le pays importe près de 85 000 tonnes
de poulet chaque année, tandis que la production locale plafonne à environ 4
000 tonnes. Un déséquilibre structurel qui pèse lourdement sur la balance
commerciale.
Pour inverser cette tendance, les autorités
ont lancé un plan ambitieux visant à porter la production nationale à 72 000
tonnes par an d’ici 2027. Une transformation radicale qui suppose une
multiplication par près de 20 de la production actuelle, un objectif qui
suscite autant d’espoir que de scepticisme.
Le gouvernement mise sur une mobilisation
financière sans précédent. Un fonds de 6,8 milliards de francs CFA a été mis en
place pour soutenir les acteurs locaux, tandis qu’un partenariat stratégique de
51 milliards de francs CFA a été signé avec le groupe Graine International. Ce
projet prévoit la construction de sept fermes avicoles, d’un couvoir et d’un
abattoir industriel.
Mais au-delà des infrastructures, le véritable
défi réside dans la structuration de la chaîne de valeur. La production de
poulet repose fortement sur l’alimentation animale, dont les coûts représentent
la majeure partie des dépenses. Sans une production locale de maïs et de soja,
la compétitivité du poulet gabonais restera fragile face aux importations.
La question énergétique constitue également un
enjeu critique. La conservation et la distribution de volumes aussi importants
nécessitent une chaîne du froid fiable, ce qui implique une disponibilité
constante de l’électricité sur l’ensemble du territoire. Un défi majeur dans un
contexte où les infrastructures énergétiques restent sous pression.
Conscient de ces enjeux, le gouvernement
prévoit la formation de 40 000 travailleurs dans les métiers de la filière :
élevage, santé animale, transformation et production d’aliments. Une démarche
essentielle pour garantir la durabilité du projet et éviter les échecs observés
dans d’autres initiatives agricoles.
Au final, le pari des 72 000 tonnes dépasse la
simple question alimentaire. Il s’agit d’un projet structurant pour l’économie
nationale, susceptible de créer des milliers d’emplois et de réduire
significativement les importations. Reste à savoir si les conditions
techniques, logistiques et humaines seront réunies pour transformer cette
ambition en réalité d’ici 2027.