Gabon : Conséquences probables des suspensions des vols de Turkish Airlines et de Royal Air Maroc



2026-06-02 09:30:00

La compagnie aérienne Turkish Airline va suspendre sa liaison entre Istanbul et Libreville dès le 15 juin 2026. Le dernier vol est programmé pour le 6 juin prochain mettant ainsi fin à treize années de présence continue sur le territoire gabonais. En effet, le transporteur turc a décidé de restructurer son réseau africain pour l'été 2026, causée par la faible rentabilité de certaines lignes et la hausse du prix du kérosène liée aux tensions au Moyen-Orient.



Dans le cas spécifique du Gabon, plusieurs facteurs expliquent cette décision. Le niveau élevé des taxes aéroportuaires, combiné à la hausse du prix du carburant, a fortement pesé sur la rentabilité de la ligne. Dans un contexte de concurrence accrue, Turkish Airlines a fait le choix de concentrer ses ressources sur des marchés jugés plus performants. La capitale gabonaise était devenue la 34ème destination africaine de la compagnie. Jusqu’à l’annonce de son retrait, elle était la seule compagnie à proposer des vols directs (ou avec une courte escale technique) entre Istanbul Airport (IST) et l’Aéroport International Léon Mba (LBV).

Dans le même sillage, la compagnie aérienne Royal Air Maroc, touchée par l’augmentation des prix du kérosène a aussi annoncé le 23 mai 2026, la suspension temporaire de tous ses  vols vers le Gabon jusqu’à nouvel ordre. « C'est plus qu'évident que ces suspensions fragiliseront  structurellement l'économie gabonaise en restreignant sa connectivité internationale et en accentuant sa dépendance logistique. Bien que motivés par des facteurs externes mondiaux comme la flambée du prix du kérosène liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient, ces retraits simultanés pénalisent l'attractivité et la compétitivité du pays. En 2025, Turkish Airlines assurait jusqu'à 8 vols hebdomadaires vers le Gabon, principalement via un modèle de liaison triangulaire au départ de Libreville (LBV) afin d'optimiser l'efficacité régionale. Quant à Royal air Maroc (RAM), le gel de ses activités coupe une route clé qui captait près de 40% du trafic régional vers l'Europe et l'Amérique du Nord via Casablanca. Ce déficit de connectivité nuit directement au climat des affaires et au déploiement des investisseurs étrangers à Libreville » explique Ange Ngandjo, Banquier-Consultant.

Inflation des billets d’avion

Pour cet analyste, le retrait de ces deux acteurs majeurs favorisera l'inflation des prix des billets d'avion à destination (et à partir) du Gabon. Car la baisse de la concurrence réduira mécaniquement l'offre de sièges au départ de Libreville, qui à son tour induira une volatilité tarifaire, les voyageurs ayant désormais un choix de compagnies internationales limité, qui provoquera une hausse immédiate du prix des billets d'avions, sauf en cas de vigilance des associations de consommateurs et des autorités publiques. « C'est une réalité qui freinera automatiquement les investissements et le tourisme d'affaires. Turkish Airlines connectait directement le Gabon à Istanbul, un hub mondial essentiel pour le commerce avec l'Eurasie. Cette suspension isole d'une certaine façon les opérateurs économiques gabonais de ces marchés eurasiatiques. La perturbation du commerce et du fret aérien (Cargo) que cette situation créera, impactera fortement le panier de la ménagère gabonaise, vu la grande dépendance du pays aux importations. Les pénuries de produits sensibles pourront suivre, car l'interruption des vols affecte directement l'importation rapide de produits à forte valeur ajoutée, notamment les produits pharmaceutiques et le matériel médical. Il faut reconnaître que c'est une pression énorme sur les acteurs économiques gabonais, sans oublier la diaspora et les étudiants dont la hausse des coûts de transport affecteront les familles » renchérit Ange Ngandjo.

Pour ce qui est de la suspension des vols  de Royal Air Maroc, elle intervient à un moment où le Gabon est en quête de capitaux et où la place financière de «Casablanca Finance City» reprend la tête des places financières du Continent africain selon le dernier classement du «Global Financial Centres Index» publiée le 26 mars 2026. Une progression qui confirme la position du Maroc comme un hub financier incontournable entre l’Afrique et les marchés mondiaux. « Déconnecté le Gabon de Casablanca via la suspension des vols de Royal Air Maroc, c'est empêcher le Gabon et ses entreprises d'avoir facilement accès au hub financier «Casablanca Finance City» et aux marchés financiers mondiaux auxquels il connecte » relate Ange Ngandjo.

Il faut dire que la destination Gabon/Libreville jusqu'à la survenance de ces suspensions était desservie activement par environ 12 compagnies aériennes dont 03 compagnies nationales et locales ( FlyGabon, Afrijet, Africa United Airlines) ; 09 compagnies étrangères ( Ethiopian Airlines, Air France, Turkish Airlines, Royal Air Maroc, ASKY Airlines, Air Côte d'Ivoire, Camair-Co, RwandAir et Ceiba Intercontinental).