Gabon : La pêche, nouveau front de la souveraineté
2026-08-14 11:56:00
À quelques jours de célébrer ses 66 ans d’indépendance, le Gabon change de cap en mer. Depuis le 29 juin dernier, l’accord de pêche avec l’Union européenne n’a pas été renouvelé. Une décision forte, assumée par le Président de la République, le général Brice Clotaire Oligui Nguema, qui a dénoncé des accords jugés déséquilibrés, ceux-là mêmes qui permettaient à des chalutiers espagnols et français de prélever près de 32 000 tonnes de thon par an, pour environ 26 millions d’euros de recettes sur cinq ans.
Le message du Chef de l’État est sans ambiguïté : le pays ne veut plus être spectateur de l’exploitation de ses propres eaux. La souveraineté alimentaire est présentée comme le prolongement naturel de l’indépendance politique. De son côté, Bruxelles se dit ouverte à négocier un « accord de nouvelle génération », plus équilibré.
Sur le papier, le potentiel est énorme. Le Gabon produit aujourd’hui 47 470 tonnes de poissons par an, dont 80 % viennent de l’Atlantique, mais la demande nationale, elle, atteint 70 000 tonnes. Le pays estime pouvoir exploiter davantage : plus de 15 000 tonnes de thon et 12 000 tonnes de sardines restent hors de portée chaque année. Le secteur ne pèse pourtant que 0,7 % du PIB, contre près de 15 % pour l’économie bleue dans son ensemble.
Pour changer d’échelle, le gouvernement mise sur la « gabonisation » d’un secteur encore dominé à 95 % par des étrangers. Le projet « Gab Pêche » prévoit la distribution de 700 équipements aux pêcheurs locaux, alors que la filière ne comptait qu’environ 11 800 pêcheurs en 2020, pour 21 700 emplois liés à la pêche et à l’aquaculture. L’objectif affiché : 250 000 tonnes de produits halieutiques et aquacoles valorisés à l’horizon 2025.
Le ministre de la Mer, Aimé Martial Massamba, insiste sur un point : exporter du poisson brut ne suffit plus. Des projets de conserveries, d’usines de farine de poisson et de chambres froides sont en cours, portés notamment par l’investisseur ARISE IIP.
Sur le terrain, la transformation passe aussi par la technologie. Le programme national NEMO, développé par CLS, a équipé 2 000 embarcations de balises satellitaires capables de suivre les débarquements en temps réel, un outil de lutte contre la pêche illégale, mais aussi de sécurité pour les pêcheurs, désormais reliés à la terre ferme en cas de panne. Le Gabon a par ailleurs classé un quart de sa zone économique exclusive en aires marines protégées, ce qui en fait le plus grand réseau du genre en Afrique.
Reste un équilibre à tenir : transformer ces ambitions en résultats concrets, entre souveraineté retrouvée et nécessité de partenariats internationaux. Le pari est lancé, la mer dira si le Gabon peut réellement en vivre.