Gabon : six ans sans comptes certifiés à la SEEG, une dérive qui interroge



2026-04-23 12:43:00

L’absence de certification des comptes de la SEEG entre 2019 et 2025 révèle de graves défaillances de gouvernance et pose la question de la responsabilité des organes de contrôle dans la gestion d’un actif stratégique national.



La révélation fait l’effet d’un séisme dans les milieux économiques gabonais. Selon plusieurs sources concordantes, la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) aurait fonctionné pendant six ans sans comptes certifiés, une situation aussi rare qu’inquiétante pour une entreprise de cette envergure.

Sur le plan juridique, la SEEG dispose pourtant de toutes les caractéristiques d’une société anonyme classique, avec un capital social de 15 milliards de francs CFA et des obligations strictes encadrées par le droit OHADA. En théorie, la tenue d’assemblées générales annuelles et la certification des comptes par des commissaires aux comptes sont des exigences incontournables. Dans les faits, ces obligations ont été ignorées pendant plusieurs exercices.

Cette carence n’est pas anodine. Elle a été mise en lumière au moment où l’entreprise cherchait à obtenir un financement étatique pour faire face à ses engagements financiers, notamment sa dette envers Karpowership. L’absence de comptes certifiés a contraint la SEEG à lancer en urgence une opération de régularisation couvrant la période 2019-2025, révélant ainsi l’ampleur du dysfonctionnement.

Au cœur des interrogations figure le rôle du Fonds Gabonais d’Investissements Souverains (FGIS), actionnaire majoritaire censé garantir la transparence et la rentabilité des participations publiques. Comment une telle dérive a-t-elle pu se produire sans réaction de ce “gendarme financier” ? Ce silence soulève des questions sur la procedure des mécanismes de contrôle et la capacité des institutions à exercer pleinement leurs responsabilités.

Les conséquences de cette gouvernance défaillante sont déjà visibles. La dette de l’entreprise est estimée à plus de 150 milliards de francs CFA, tandis que le réseau souffre d’un sous-investissement chronique. L’absence de contrôle financier rigoureux a contribué à la dégradation progressive du service, impactant directement les usagers à travers des coupures récurrentes et une qualité de distribution en baisse.

Face à cette situation, l’État a dû intervenir en urgence, notamment à travers la mise en place d’un prêt relais financé par une levée de titres publics. Une solution transitoire qui ne règle pas le problème de fond : celui de la gouvernance et de la responsabilité des dirigeants passés et présents.

La reprise de la certification des comptes constitue certes une avancée, mais elle ouvre surtout la voie à un audit approfondi des pratiques de gestion. Au-delà du redressement financier, c’est toute la crédibilité de la SEEG qui est en jeu, ainsi que la confiance des partenaires et des citoyens.