Mayumba : le Gabon confie son ambition portuaire au géant KEZAD
2026-06-24 14:52:00
À l’occasion d’une récente mission officielle à Abu Dhabi, le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a engagé des discussions avancées avec le groupe émirati KEZAD Khalifa Economic Zones Abu Dhabi en vue du développement du futur port en eau profonde de Mayumba, dans la province de la Nyanga.
Longtemps évoqué sans jamais être concrétisé, ce projet pourrait désormais entrer dans une nouvelle phase grâce à l’intérêt porté par l’un des principaux opérateurs logistiques et industriels du Moyen-Orient. Selon les informations révélées par Sika Finance, Libreville ambitionne de s’appuyer sur le modèle intégré développé autour du Khalifa Port aux Émirats arabes unis pour bâtir une plateforme portuaire moderne associée à une zone économique spéciale.
Le choix de KEZAD ne relève pas du hasard. Filiale du groupe Abu Dhabi Ports, l’entreprise s’est imposée comme une référence mondiale dans la conception et la gestion d’écosystèmes combinant infrastructures portuaires, logistique, industrie et commerce international.
Pour le Gabon, l’enjeu dépasse largement la construction d’un simple port. Le projet vise à créer un véritable pôle de croissance capable de structurer l’économie du sud du pays, de réduire les coûts logistiques des entreprises et d’attirer de nouveaux investissements industriels.
Jusqu’à présent, le port d’Owendo concentre l’essentiel des flux maritimes nationaux. Cette centralisation limite cependant les capacités d’exportation des régions méridionales, riches en ressources naturelles mais confrontées à d’importantes contraintes de transport.
La montée en puissance du projet de potasse de Banio apparaît comme le principal catalyseur du dossier. Développé par la société canadienne Millennial Potash, ce gisement situé à moins de 100 kilomètres de Mayumba est considéré comme l’un des plus prometteurs d’Afrique centrale.
Sa rentabilité repose toutefois sur la disponibilité d’une infrastructure portuaire de proximité permettant l’exportation de volumes importants à des coûts compétitifs. Sans accès direct à la mer, le potentiel économique du projet pourrait être fortement réduit.
Dans cette perspective, le port de Mayumba devient un maillon indispensable de la chaîne de valeur minière nationale.
Au-delà de la potasse, plusieurs secteurs pourraient bénéficier directement de cette nouvelle infrastructure.
Le projet pourrait également offrir une solution complémentaire pour l’évacuation des minerais issus des grands gisements de fer du pays, notamment ceux de Belinga et de Baniaka. Dans un contexte où les besoins en infrastructures de transport augmentent avec l’essor des projets miniers, Mayumba pourrait devenir un point d’exportation stratégique pour les matières premières gabonaises.
L’intérêt porté à KEZAD illustre également le renforcement des relations économiques entre le Gabon et les Émirats arabes unis. En recherchant un partenaire disposant d’une expertise reconnue dans le développement de zones portuaires intégrées, Libreville cherche à attirer non seulement des financements, mais aussi un savoir-faire capable d’accélérer la transformation économique du pays.
Si les discussions aboutissent, le port en eau profonde de Mayumba pourrait devenir l’un des principaux projets structurants du Gabon au cours de la prochaine décennie. Plus qu’une infrastructure maritime, il représenterait un outil de diversification économique, d’intégration territoriale et de valorisation des ressources du sud du pays.