Plage du Lycée Léon Mba : Que deviennent les vendeurs de coco ?
2026-10-08 14:46:00
À Libreville, la plage située entre le Lycée national Léon Mba et le canal de Gué-Gué a changé de visage. Désormais aménagée et livrée, elle offre aux usagers une promenade moderne avec des espaces de détente, des aires de jeux et des équipements sportifs. Une transformation qui soulève toutefois une question : quelle place pour les petits commerçants qui faisaient vivre ce lieu avant sa modernisation ?
La plage du Lycée national Léon Mba appartient désormais à ces espaces du littoral librevillois où l’aménagement urbain cherche à concilier loisirs, sécurité et protection du front de mer. La promenade accueille aujourd’hui familles, sportifs, enfants et promeneurs dans un cadre plus structuré et mieux aménagé.
L’objectif était notamment de répondre aux enjeux liés à l’érosion côtière, tout en offrant aux populations un nouvel espace public de proximité.
Mais au-delà des infrastructures, cette transformation modifie aussi les habitudes qui s’étaient installées sur le site.
Avant les travaux, les vendeurs de noix de coco faisaient partie du paysage de cette plage. Installés le long du littoral, ils proposaient aux visiteurs des cocos frais et de l’eau de coco, particulièrement appréciés lors des journées de forte chaleur.
Pour certains, cette activité constituait une source de revenus quotidienne et participait directement aux charges de leur foyer. Elle représentait également une forme de petit commerce de proximité, étroitement associée à l’usage récréatif de la plage. Aujourd’hui, alors que l’espace a été réaménagé et livré, une question mérite donc d’être posée : qu’est-il advenu de ces commerçants et quelle place peuvent-ils occuper dans le nouvel aménagement ?
La question ne consiste évidemment pas à défendre le retour d’une occupation anarchique du domaine public. La modernisation implique nécessairement des règles, notamment en matière d’hygiène, de salubrité, de circulation et de gestion des déchets.
Mais organiser une activité ne signifie pas nécessairement la faire disparaître.
La présence de petits kiosques commerciaux dans le nouvel aménagement ouvre justement une possibilité. À qui sont-ils destinés ? Qui en assure la gestion ? Comment seront-ils attribués ? Quels types d’activités pourront y être exercés ? Et surtout, les anciens vendeurs de coco pourront-ils y trouver leur place ?
Ces interrogations sont importantes car les kiosques pourraient constituer une passerelle entre l’ancien modèle de vente informelle et une activité commerciale mieux organisée. L’idée pourrait être de permettre aux vendeurs qui exerçaient déjà sur le site d'intégrer progressivement ce nouvel environnement, sous réserve de respecter un cahier des charges commun.
Un vendeur de coco pourrait ainsi disposer d’un espace identifié, intégré à l’esthétique de la promenade, avec des règles précises concernant l’hygiène, la présentation des produits, la gestion des déchets et les horaires d’activité.
Le bénéfice serait double : préserver une activité économique tout en mettant fin à l’occupation désordonnée de l’espace public.
À Libreville, boire une noix de coco fraîche au bord de la mer n’est pas seulement un acte commercial. C’est aussi une habitude, un petit rituel associé aux sorties en famille, aux promenades et aux journées de chaleur. La modernisation d’un espace public ne devrait donc pas nécessairement conduire à l’effacement de tous les usages qui s’y étaient développés. Au contraire, certains de ces usages peuvent être intégrés au nouvel aménagement, à condition d’être encadrés.
Les vendeurs de coco pourraient, par exemple, être regroupés dans des kiosques dédiés ou partager certains espaces commerciaux avec d’autres activités de proximité. Un système d’autorisation, accompagné de règles d’hygiène et de gestion des déchets, permettrait de professionnaliser progressivement leur activité.
Les coques de coco pourraient également faire l’objet d’une collecte spécifique afin d’éviter qu’elles ne deviennent une source de déchets sur la promenade.
La question dépasse finalement le seul cas des vendeurs de coco.
Elle renvoie à une problématique plus large : comment moderniser les espaces publics sans fragiliser les petits acteurs économiques qui y trouvaient auparavant leur gagne-pain ?
L’aménagement de la plage du Lycée Léon Mba constitue une amélioration du cadre de vie. Il serait dommage que cette modernisation soit perçue par certains anciens occupants comme la fin de leur activité. Une solution pourrait être recherchée dans l'accompagnement et la formalisation : recenser les anciens commerçants, définir des conditions d’accès aux kiosques, fixer des règles communes et, lorsque cela est possible, leur donner une priorité dans l’attribution des espaces.
Une telle démarche permettrait de passer de l’occupation informelle à une économie de proximité organisée, sans sacrifier les petits revenus qui dépendaient de cette activité. La plage est désormais plus moderne. Reste à savoir si cette modernité saura également intégrer ceux qui contribuaient à son animation avant sa transformation.