SOGARA : 824 milliards de passif, mais combien réellement dus aux fournisseurs de brut ?
2026-10-07 11:40:00
Alors que le Gabon connaît de nouvelles tensions dans l’approvisionnement en carburant, la situation financière de la Société gabonaise de raffinage (SOGARA) revient au centre des interrogations. Un chiffre particulièrement lourd circule : 824 milliards de FCFA de passif à fin 2023, montant repris à partir de données publiques relatives à la situation financière de l’entreprise. Mais attention à l’interprétation : ce passif global ne correspond pas automatiquement à une dette envers les fournisseurs de pétrole brut. La véritable question demeure donc entière : combien SOGARA doit-elle réellement à ses fournisseurs et cette situation peut-elle expliquer une partie des difficultés actuelles d’approvisionnement ?
Les documents financiers disponibles montrent néanmoins que la raffinerie a bien connu des impayés significatifs envers plusieurs producteurs. Au 30 juin 2023, Maurel & Prom déclarait une créance de 24 millions de dollars sur SOGARA, soit environ 14,3 milliards de FCFA à cette période. Un protocole conclu en juillet 2023 avec l’État gabonais prévoyait son apurement via un mécanisme d’imputation sur les coûts récupérables d’Ezanga. De son côté, VAALCO Energy indiquait qu’au 31 mars 2023, SOGARA lui devait 20,3 millions de dollars, une créance échue depuis novembre 2022. Ces deux cas montrent que les difficultés de paiement ne sont pas nouvelles et qu’elles ont concerné plusieurs acteurs de la chaîne d’approvisionnement.
Pour autant, additionner ces créances et les assimiler au passif total de SOGARA serait financièrement trompeur. Le passif d’une entreprise comprend différentes catégories d’engagements et ne permet pas, à lui seul, d’identifier la dette effectivement due aux fournisseurs de brut. La question qui se pose aujourd’hui est donc beaucoup plus précise : quel est le montant actualisé des impayés de SOGARA envers chaque fournisseur, quelles sommes ont été apurées depuis les protocoles conclus avec l’État et quel montant reste effectivement exigible ? Tant que ces données ne sont pas publiées de manière consolidée, établir un lien direct entre le passif global de SOGARA et les tensions actuelles sur le carburant resterait prématuré. Une clarification fournisseur par fournisseur permettrait en revanche de mesurer précisément le poids réel de la raffinerie dans la situation actuelle.