SYSTAC2 face à GIMACPAY, sur quelle infrastructure la CEMAC doit-elle miser pour ses paiements de demain ?



2026-08-25 17:58:00

Le 3 août 2026, la Banque des États de l'Afrique Centrale a mis en production SYSTAC2, la nouvelle génération de son système de télécompensation.



Cette modernisation était nécessaire. Mais elle pose désormais une question stratégique, alors que GIMACPAY porte déjà une partie essentielle des paiements numériques interopérables et instantanés, la CEMAC doit-elle continuer à faire évoluer deux plateformes dont les usages se rapprochent progressivement ?

Le débat ne consiste pas à dire que SYSTAC2 et GIMACPAY sont identiques. Ils ne le sont pas. Il consiste à déterminer sur quelle infrastructure la région doit, à terme, concentrer l'essentiel de son innovation pour les paiements de masse.

Deux plateformes, deux logiques

SYSTAC2 est la nouvelle génération du système régional de télécompensation. Il modernise le traitement des virements, prélèvements, chèques et opérations par carte. Il intègre la norme ISO 20022 et doit accueillir, dans une phase ultérieure, un module de paiement instantané.

Sa logique historique est celle de la compensation interbancaire, les établissements échangent des ordres, calculent leurs positions et règlent leurs obligations.

GIMACPAY répond à une autre logique, l'interopérabilité. La plateforme connecte banques, établissements de microfinance, mobile money et autres acteurs du paiement. Elle couvre les transferts instantanés, les cartes, les paiements marchands, le QR Code et les échanges entre comptes bancaires et wallets mobiles.

En résumé, SYSTAC2 a été pensé autour des instruments bancaires et de leur compensation. GIMACPAY a été pensé pour faire circuler la valeur entre des univers qui fonctionnaient autrefois séparément.

Là où les deux plateformes se rejoignent

Cette différence d'origine reste réelle, mais elle ne suffit plus à clore le débat.

SYSTAC2 intervient sur les paiements de masse jusqu'au seuil de 100 millions FCFA. GIMACPAY est également plafonné à 100 millions FCFA par opération. Les deux plateformes évoluent donc dans une partie importante du même marché, celui des paiements de détail, des entreprises et des particuliers.

SYSTAC2 prévoit par ailleurs d'intégrer le paiement instantané. GIMACPAY le propose déjà dans son écosystème.

Du point de vue du client, la distinction technique entre compensation et interopérabilité est secondaire. Son attente est simple, lorsqu'il envoie de l'argent, le bénéficiaire doit pouvoir l'utiliser rapidement, quel que soit son établissement, son compte ou son wallet.

C'est précisément là que les périmètres commencent à converger.

Pourquoi financer deux trajectoires convergentes ?

La bonne question n'est donc pas : « SYSTAC2 et GIMACPAY font-ils exactement la même chose aujourd'hui ? »

La réponse est non.

La vraie question est plutôt, pourquoi investir simultanément pour ajouter à SYSTAC2 des services numériques déjà présents sur GIMACPAY, tout en laissant GIMACPAY évoluer sur les usages de paiement qui deviennent centraux ?

Une infrastructure régionale ne se résume pas à un logiciel. Il faut la maintenir, la sécuriser, connecter les participants, certifier les interfaces, former les équipes et financer chaque évolution. Les banques, les établissements de microfinance et les autres acteurs doivent eux aussi supporter les coûts d'intégration et d'exploitation.

Deux infrastructures peuvent apporter de la spécialisation. Mais lorsque leurs périmètres se rapprochent, elles peuvent aussi créer de la duplication : duplication des investissements, des interfaces, des projets et de la complexité opérationnelle.

La CEMAC doit donc regarder au-delà de la coexistence actuelle. Où veut-elle concentrer ses investissements pour les dix prochaines années ?

Le chèque face au virement programmé et instantané

Le chèque montre bien la limite future de SYSTAC2.

SYSTAC2 conserve un rôle particulier parce qu'il traite notamment les prélèvements et les chèques, que GIMACPAY ne prend pas aujourd'hui en charge de la même manière. Mais une partie du besoin économique auquel répond le chèque peut désormais être satisfaite plus efficacement par le numérique.

Prenons une entreprise qui doit payer 5 millions FCFA à un fournisseur dans trente jours. Elle peut remettre aujourd'hui un chèque avec une date future, en comptant sur le respect d'un accord commercial. Pourtant, le chèque reste juridiquement payable à vue.

Elle peut aussi programmer dès aujourd'hui un virement pour la date prévue. Si les fonds sont disponibles à l'échéance et que le virement est instantané, le bénéficiaire peut les utiliser immédiatement.

Le besoin économique ne change pas, pour payer demain. C'est l'instrument qui change.

Le chèque ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Il conserve des usages commerciaux et juridiques. Mais une infrastructure régionale doit être conçue en fonction des usages qui progressent, pas seulement de ceux qu'elle a historiquement accompagnés.

La question devient alors légitime, combien de temps la compensation du chèque et des instruments traditionnels justifiera-t-elle de structurer l'évolution d'une plateforme, alors que les paiements programmés et instantanés répondent de plus en plus directement aux besoins du marché ?

L'arbitrage à préparer

SYSTAC2 était nécessaire pour moderniser une infrastructure historique. Il ne s'agit ni de contester cette modernisation, ni de prétendre que GIMACPAY pourrait remplacer SYSTAC2 immédiatement. Mais la CEMAC devra, à terme, arbitrer.

Deux options se présentent. La première consiste à continuer d'enrichir SYSTAC2 de fonctions numériques, instantanées et interopérables. La seconde consiste à concentrer progressivement l'innovation sur GIMACPAY, tout en lui apportant les capacités nécessaires pour prendre en charge, à terme, les usages liés au prélèvement et au chèque.

La seconde trajectoire semble plus cohérente avec l'évolution du marché.

Le paiement n’est plus seulement bancaire. Il combinera comptes bancaires, mobile money, cartes, QR Code, paiements marchands, fintechs et nouveaux établissements de paiement. L'infrastructure appelée à porter ces usages doit être conçue pour relier ces différents mondes.

Sur ce terrain, GIMACPAY part avec un avantage stratégique évident, son architecture et son écosystème sont déjà construits autour de l'interopérabilité.

Choisir l'infrastructure du futur

La CEMAC ne doit pas seulement moderniser les infrastructures qu'elle a héritées. Elle doit décider lesquelles correspondent au système de paiement qu'elle souhaite construire.

SYSTAC2 reste utile pour les instruments bancaires traditionnels, notamment le chèque et le prélèvement. Mais les usages évoluent vers l'instantanéité, la programmation, le mobile, le paiement marchand et l'interopérabilité.

La question n'est plus uniquement, comment moderniser SYSTAC2 ?

Mais, quelle infrastructure est la mieux placée pour porter les paiements numériques de masse des prochaines années ?

À cette question, GIMACPAY apparaît comme le candidat le plus naturel. La CEMAC devrait préparer cet arbitrage dès maintenant, avant que deux plateformes aux usages de plus en plus proches ne continuent à évoluer en parallèle pendant encore une décennie.

 


Auteur : Aimé NGUEMA TCHANG, Expert Fintech