Transformation locale du niobium et des terres rares de Maboumine : le débat s’invite au Sénat
2026-09-24 10:43:00
Le sénateur Georges Mpaga relance le débat sur l’avenir du gisement de Maboumine et, plus largement, sur la stratégie minière du Gabon. Dans une communication rendue publique le 22 septembre, l’élu d’Etimbouè demande que le projet ne reproduise pas un modèle fondé sur l’exportation de matières premières, en posant la question de la transformation locale du niobium et des terres rares. Une interrogation qui intervient alors qu’un protocole d’accord signé en février 2026 prévoit d’évaluer une coopération entre le Gabon et l’Indonésie autour de Maboumine et du développement d’activités de transformation en Indonésie.
Situé dans le Moyen-Ogooué, à proximité de Lambaréné, Maboumine concentre plusieurs minerais stratégiques, notamment le niobium, les terres rares, le tantale et le scandium, ainsi que du phosphate et de faibles quantités d’uranium. Le ministère gabonais des Mines présente depuis plusieurs années le site comme un actif géologique majeur, dont la relance constitue un enjeu important pour la diversification du secteur minier. C’est précisément sur la destination de cette richesse que Georges Mpaga entend déplacer le débat : selon lui, le Gabon ne devrait pas se limiter à extraire le minerai pour laisser à d’autres pays les étapes industrielles les plus créatrices de valeur. Sa position prend un relief particulier après la signature, le 16 février 2026, d’un MoU entre New Energy Metals Holdings, l’entreprise publique indonésienne Perminas et Danantara Indonesia. Le document officiel parle toutefois d’un cadre d’évaluation d’une coopération stratégique, incluant à la fois les ressources de Maboumine et de potentielles initiatives de transformation en aval en Indonésie ; il ne constitue donc pas, à ce stade, un contrat définitif fixant à lui seul l’ensemble de la chaîne de production.
Le sénateur pose ainsi une question qui dépasse le seul projet Maboumine : quelle part de la valeur créée par les minerais stratégiques doit rester au Gabon ? Son plaidoyer porte sur une transformation locale progressive, une participation accrue de l’État, des emplois nationaux et des garanties environnementales avant toute ratification. Sur ce dernier point, ses alertes concernant les risques radiologiques et écologiques doivent être distinguées des données scientifiques et des études d’impact qui devront déterminer précisément les risques et les mesures de prévention applicables. Le dossier est donc appelé à se jouer sur plusieurs terrains à la fois : rentabilité du projet, contenu local, transfert de technologie, maîtrise industrielle et protection des écosystèmes. En février, les partenaires avaient précisément annoncé la création d’un groupe de travail chargé d’évaluer la faisabilité d’une chaîne allant du développement minier jusqu’à la fabrication d’aimants. Pour le Gabon, le débat qui s’ouvre est désormais celui de la place qu’il entend occuper dans cette chaîne : fournisseur de ressources critiques ou acteur d’une industrie capable d’en capter une part plus importante de la valeur.