Zéro droits de douane en Chine : Libreville saura t-il transformer son modèle économique ?
2026-04-15 13:02:00
La décision de Pékin de supprimer les droits de douane sur les produits africains ouvre une nouvelle ère commerciale. Pour le Gabon, déjà fortement dépendant du marché chinois, cette mesure pourrait être un levier puissant de croissance… à condition de transformer son modèle économique.
L’annonce faite par le
président chinois Xi Jinping marque un tournant majeur dans les relations
économiques entre l’Afrique et la Chine. À compter du 1er mai 2026, 53 pays
africains bénéficieront d’un accès sans droits de douane au marché chinois. Une
mesure ambitieuse qui élargit un dispositif jusque-là limité à 33 pays, et qui
positionne le continent comme un partenaire stratégique renforcé de la deuxième
économie mondiale.
Pour le Gabon, cette
décision revêt une importance capitale. Déjà premier partenaire commercial du
pays, la Chine absorbe près de 28 % des exportations gabonaises. Pétrole brut,
manganèse et bois scié dominent ces échanges. Avec la suppression des barrières
tarifaires, ces produits pourraient gagner en compétitivité, notamment face à
d’autres fournisseurs internationaux présents sur le marché asiatique.
Cependant, cette
ouverture commerciale soulève une question centrale : celle de la valeur
ajoutée. Le modèle actuel des exportations africaines repose largement sur des
matières premières brutes. Or, Pékin affiche désormais sa volonté de
diversifier ses importations en provenance du continent, en favorisant des
produits transformés ou semi-transformés.
Dans ce contexte, le
Gabon pourrait tirer son épingle du jeu. Le pays s’est engagé dans une
stratégie de transformation locale, notamment avec l’interdiction programmée de
l’exportation de manganèse brut à l’horizon 2029. Cette politique pourrait
permettre d’exporter des produits à plus forte valeur ajoutée, générant ainsi
des marges plus importantes et créant davantage d’emplois sur le territoire
national.
Mais l’opportunité
reste conditionnelle. L’accès préférentiel au marché chinois ne garantit pas
automatiquement une hausse des exportations. Le véritable défi réside dans la
capacité du Gabon à moderniser son appareil productif, améliorer ses
infrastructures et renforcer sa compétitivité industrielle. Sans ces réformes,
cette mesure risque de rester une opportunité manquée plutôt qu’un véritable
levier de transformation économique.