Eramet : Libreville place Murielle Minkoue Mezui au sommet du groupe minier
2026-05-29 10:02:00
En faisant entrer la Secrétaire générale de la Présidence au conseil d’administration d’Eramet, le Gabon renforce son influence politique au sein du géant minier français. Cette nomination intervient alors que Libreville prépare une entrée stratégique au capital du groupe à hauteur de 5 %.
Le Gabon vient de franchir une nouvelle étape dans sa stratégie de montée en puissance au sein du secteur minier international. Réunis le 27 mai à Paris, les actionnaires de Eramet ont officiellement validé l’entrée de Murielle Minkoué Mézui au conseil d’administration du groupe. Cette nomination confère désormais à Libreville une représentation de très haut niveau au sein de l’organe chargé de définir les orientations stratégiques d’un acteur mondial majeur du manganèse, dont le Compagnie minière de l’Ogooué constitue l’un des principaux piliers industriels au Gabon. Si ce siège existait déjà à travers la présence de Tanguy Gahouma-Békalé, le choix de la Secrétaire générale de la Présidence marque clairement une montée en gamme politique de la représentation gabonaise.
Cette désignation intervient dans un contexte particulièrement stratégique pour les relations entre Libreville et Eramet. Le 11 mai dernier, en marge du sommet Africa Forward organisé à Nairobi, le président Brice Clotaire Oligui Nguema et la présidente-directrice générale d’Eramet, Christel Bories, avaient annoncé un accord ouvrant la voie à une future entrée de l’État gabonais au capital du groupe français. Cette opération pourrait permettre au Gabon d’acquérir environ 5 % d’Eramet à travers une augmentation de capital de 500 millions d’euros, soit près de 328 milliards de FCFA, prévue au second semestre 2026. À ce stade toutefois, l’État gabonais demeure uniquement actionnaire à 29 % de Comilog, la filiale gabonaise d’Eramet, sans participation directe dans la maison-mère cotée à Paris.
Au-delà du symbole diplomatique et économique, cette présence renforcée soulève désormais la question de l’influence réelle que pourra exercer Libreville au sein du groupe. Une participation de 5 % resterait insuffisante pour disposer d’un pouvoir de blocage dans une gouvernance dominée notamment par l’État français et la famille Duval. Toutefois, pour les autorités gabonaises, l’enjeu dépasse la seule question capitalistique. Le pays entend peser davantage sur les choix industriels concernant la transformation locale du manganèse, la modernisation du Transgabonais et la stratégie visant à interdire progressivement l’exportation de minerai brut à l’horizon 2029. En plaçant une figure centrale du pouvoir exécutif au conseil d’administration d’Eramet, le Gabon affiche ainsi sa volonté de suivre directement, au plus haut niveau de l’État, les futures négociations autour de la souveraineté minière et industrielle du pays.