63 milliards alloués aux provinces durant la transition : l’heure des comptes a sonné



2025-10-24 09:36:00

Le procureur de la République près le tribunal de première instance de Libreville, Bruno Obiang Mve, a annoncé, mercredi 22 octobre 2025, l’ouverture d’enquêtes financières sur la gestion des 63 milliards de FCFA alloués aux neuf provinces du Gabon durant la période de Transition. Objectif : vérifier l’usage réel des fonds destinés à améliorer les conditions de vie des citoyens.



« Des enquêtes financières portant sur les différentes administrations, ainsi que sur les fonds alloués à chaque province pour des projets d’impact direct sur la population, seront ouvertes dans les prochains jours », a précisé le magistrat, soulignant la volonté du parquet de faire toute la lumière sur cette question sensible.

Si l’annonce a été saluée par certains comme un signal fort de la « tolérance zéro » prônée par le chef de l’État, d’autres y voient une opération de communication sans lendemain, doutant de la capacité de la justice à remonter jusqu’aux véritables responsables. Sur les réseaux sociaux, les réactions oscillent entre espoir et scepticisme.

En 2024, le président Brice Clotaire Oligui Nguema, alors à la tête du Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI), avait débloqué 7 milliards de FCFA par province, soit 63 milliards au total, pour financer des projets à fort impact social : réhabilitation d’écoles et de centres de santé, construction de routes secondaires, appui à la jeunesse et aux activités génératrices de revenus. Cette enveloppe symbolisait la volonté de la Transition de corriger les inégalités territoriales et de restaurer la confiance entre l’État et les citoyens.

Mais plus d’un an après, le flou demeure. Dans plusieurs provinces, des projets annoncés n’ont jamais vu le jour, ou restent à l’état de promesses. Des témoignages évoquent des détournements, des retards ou encore des marchés fictifs. D’où la décision du parquet de lancer un audit complet, afin d’identifier les bénéficiaires réels des fonds et d’évaluer leur impact concret sur le terrain.

Cette opération s’inscrit dans le cadre plus large de la moralisation de la vie publique, chère à la Ve République. Si des irrégularités sont constatées, des poursuites judiciaires pourraient être engagées contre les responsables locaux et les gestionnaires publics mis en cause.

Au-delà du volet judiciaire, ce dossier constitue un test décisif pour la crédibilité de la justice gabonaise et pour la cohérence du discours de rupture du pouvoir de transition. Car derrière les chiffres, c’est la promesse d’un nouveau contrat de confiance entre l’État et ses citoyens qui est en jeu.