Banque mondiale : pourquoi la croissance ne profite-t-elle pas suffisamment à l’emploi ?
2026-10-28 13:47:00
Avec une croissance économique de 3,2 % en 2025, le Gabon affiche une performance qui reste insuffisante pour répondre aux besoins du marché du travail. Présentée le 27 octobre 2026, la Note de conjoncture économique de la Banque mondiale met en évidence un paradoxe : les investissements soutiennent l’activité, mais peinent à se traduire par des emplois suffisamment nombreux et de meilleure qualité.
La
croissance économique ne garantit pas automatiquement la création d’emplois. Au
Gabon, cette réalité se reflète dans les chiffres présentés par la Banque
mondiale. Alors que l’économie a progressé de 3,2 % en 2025, le chômage demeure
particulièrement élevé chez les jeunes, atteignant 30,5 % des 15-35 ans en
2024. Un décalage qui interroge sur la capacité du modèle économique à
transformer les investissements en opportunités professionnelles durables.
La
progression de l’activité économique gabonaise repose notamment sur les
investissements publics dans les infrastructures. Si ces dépenses contribuent
au développement du pays, leur effet sur l’emploi dépend aussi de leur capacité
à stimuler les entreprises locales, à favoriser l’émergence de nouvelles
activités et à créer des débouchés au-delà de la durée des chantiers.
Le
problème dépasse donc le seul niveau de croissance. Il concerne également sa composition
et sa capacité à générer des emplois productifs. En 2024, le taux de chômage
atteignait 17,4 % au niveau national. Chez les diplômés universitaires, il
s’élevait à 25,4 %. Parallèlement, 86,5 % des emplois relevaient du secteur
informel, selon les données présentées dans la note.
Ces
indicateurs soulignent les difficultés d’une économie à offrir des perspectives
professionnelles suffisamment nombreuses, stables et rémunératrices. Ils
invitent à examiner non seulement les investissements réalisés, mais aussi
leurs retombées sur le tissu productif et sur les revenus des ménages.
La
Banque mondiale identifie également les insuffisances du système éducatif et
l’inadéquation des compétences comme des obstacles à la création d’emplois de
qualité. Selon le rapport, seuls 10,1 % des élèves évalués maîtrisent les
compétences minimales en lecture et en mathématiques. De leur côté, environ 10
% des jeunes concernés s’orientent vers la formation technique et
professionnelle.
Ce
décalage intervient alors que plusieurs secteurs susceptibles de soutenir la
diversification économique, notamment le bois, les mines, le tourisme,
l’agro-industrie et le numérique, ont besoin de travailleurs qualifiés.
Le
constat est d’autant plus préoccupant que 55,4 % des travailleurs seraient
surqualifiés pour les postes qu’ils occupent. L’économie doit ainsi composer
avec un double déséquilibre : des entreprises qui recherchent certaines
compétences et des diplômés qui ne trouvent pas toujours des emplois
correspondant à leur formation.
Pour
sortir de cette situation, l’enjeu consiste à rapprocher davantage les
politiques de formation des besoins réels des entreprises. La Banque mondiale
recommande notamment de renforcer les compétences fondamentales, de développer
la formation technique et professionnelle, de consolider les liens entre les
établissements de formation et le secteur privé, et d’orienter davantage les
financements vers la qualité des apprentissages.
Mais
l’amélioration des compétences ne suffira pas si elle n’est pas accompagnée
d’une dynamique de création d’activités productives. La transformation locale
des ressources naturelles, le développement des entreprises nationales et
l’émergence de nouveaux secteurs doivent également contribuer à élargir les
possibilités d’embauche.
Le
poids de l’informel et le taux de pauvreté, évalué à 28,7 %, soit environ 729
000 personnes, rappellent l’importance de cette transformation. La Banque
mondiale souligne par ailleurs qu’une année d’études supplémentaire augmente en
moyenne les revenus de 13,5 %, ce qui confirme le rôle économique de
l’éducation, à condition que les compétences acquises puissent être valorisées
sur le marché du travail.
Pour
le Gabon, le défi n’est donc pas seulement de maintenir la croissance, mais
d’en améliorer les retombées sociales. La performance économique devra aussi se
mesurer à la capacité du pays à créer des emplois décents, à valoriser les
qualifications de sa jeunesse et à faire de ses investissements un levier de
développement du secteur productif.