BRICS : vers une nouvelle monnaie pour bousculer l’hégémonie du dollar ?
2025-11-17 11:03:00
Depuis plusieurs années, une idée gagne du terrain au sein des BRICS : créer une monnaie commune capable de rivaliser avec le dollar américain. Un projet encore en gestation, mais dont les enjeux géopolitiques et économiques sont gigantesques.
Depuis plusieurs années, l’idée d’une monnaie commune au sein des BRICS avance lentement mais sûrement. Ce projet, encore théorique, pourrait pourtant bouleverser l’équilibre économique mondial en offrant une alternative crédible au dollar américain, aujourd’hui largement dominant dans les échanges internationaux.
L’histoire des BRICS commence en 2001, lorsque l’économiste Jim O’Neill, alors chez Goldman Sachs, utilise cet acronyme pour désigner quatre puissances émergentes en pleine expansion : le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine. En 2009, ces pays formaliseront ce regroupement afin de renforcer leur influence sur la scène internationale. Deux ans plus tard, l’Afrique du Sud rejoint la coalition, donnant naissance au bloc devenu aujourd’hui incontournable. Leur objectif commun est simple : réduire la dépendance vis-à-vis de l’Occident et bâtir un espace économique capable de peser davantage dans les grandes décisions mondiales.
En 2014, les BRICS franchissent une étape significative avec la création de la Nouvelle Banque de Développement. Cette institution entend concurrencer la Banque mondiale, notamment en accordant des financements centrés sur les infrastructures, sans conditionnalités liées aux normes démocratiques ou à la gouvernance. L’idée est de proposer une alternative plus souple et moins intrusive pour les pays émergents. Depuis, le groupe s’est élargi pour devenir BRICS+, avec l’arrivée de l’Égypte, des Émirats arabes unis, de l’Éthiopie, de l’Iran et de l’Indonésie. Une nouvelle catégorie d’États partenaires créée en 2025 inclut désormais des pays comme la Thaïlande, le Nigeria ou Cuba. Grâce à cet élargissement, l’ensemble BRICS+ représente plus de quarante pour cent du PIB mondial et plus de la moitié de la population de la planète.
Le sommet de Kazan, en octobre 2024, marque un tournant. Les États membres y décident de privilégier leurs monnaies locales plutôt que le dollar dans leurs échanges. Ils évoquent également l’hypothèse d’une monnaie supranationale, qui serait utilisée exclusivement pour les transactions internationales entre membres. Cette idée s’appuie sur un constat largement partagé : depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le dollar s’est imposé comme la monnaie de référence, représentant encore aujourd’hui environ soixante pour cent des réserves mondiales. Ce statut confère aux États-Unis des avantages considérables, notamment la capacité de financer leurs déficits à moindre coût et celle d’imposer des sanctions économiques particulièrement efficaces.
Pour de nombreux pays émergents, ce système est déséquilibré. Lorsqu’un État souhaite emprunter sur les marchés internationaux, il doit émettre sa dette en dollars, car sa monnaie locale n’est pas jugée suffisamment stable. Les États-Unis ne sont pas soumis à cette contrainte et émettent leurs propres dollars, dont le monde entier a besoin. Ce privilège monétaire se double d’un pouvoir géopolitique majeur, puisque Washington peut à tout moment restreindre l’accès au système dollar d’un pays jugé hostile, paralysant aussitôt son commerce et ses finances. Cette dépendance est d’autant plus mal vécue que les BRICS+, malgré leur poids économique et la maîtrise d’une grande partie des ressources naturelles stratégiques mondiales, continuent d’exporter presque exclusivement en dollars.
C’est dans ce contexte que prend forme l’idée d’une monnaie commune. L’objectif n’est pas de remplacer les monnaies nationales, mais de créer un instrument neutre, stable, destiné à fluidifier les échanges internes et à réduire l’exposition aux fluctuations et aux sanctions liées au dollar. Une telle monnaie servirait de rempart face aux pressions extérieures et permettrait aux économies émergentes de sécuriser leurs transactions sans craindre les décisions politiques américaines. Elle serait également un moyen de rééquilibrer un rapport de force mondial vieux de plusieurs décennies, au profit d’un ordre plus multipolaire.
Ce projet reste toutefois complexe. Les économies des membres sont très différentes, les tensions géopolitiques internes persistent, et l’absence d’une banque centrale unique complique la création d’un instrument monétaire commun. Mais la volonté politique est réelle, nourrie par l’ambition de s’émanciper d’un système monétaire jugé trop favorable aux intérêts américains.
La future monnaie des BRICS, si elle voit le jour, pourrait devenir l’un des développements géopolitiques les plus importants du XXIe siècle. Elle symboliserait la montée en puissance des pays émergents et leur détermination à redessiner l’équilibre financier mondial en faveur d’un monde moins dépendant du dollar et plus ouvert à la diversité des puissances économiques.