Burkina Faso : un retour controversé de la peine de mort face aux défis sécuritaires
2025-12-05 13:36:00
Le Burkina Faso s’apprête à opérer un tournant majeur dans sa politique pénale. Moins de sept ans après l’abolition de la peine de mort en 2018, le gouvernement de transition a adopté un projet de nouveau code pénal prévoyant le rétablissement de la peine capitale pour les crimes jugés les plus graves.
Cette réforme,
présentée comme une réponse à l’escalade des menaces sécuritaires, suscite déjà
de vifs débats au sein de l’opinion publique et des organisations de défense
des droits humains.
Selon les autorités
burkinabè, cette réforme vise à adapter l’arsenal judiciaire à la gravité des
défis actuels. Le pays fait face depuis plusieurs années à une intensification
des attaques terroristes, à la multiplication des actes de sabotage contre les
institutions publiques et à une crise sécuritaire qui a déjà fait des milliers
de victimes. C’est dans ce contexte que le gouvernement propose de rétablir la
peine de mort pour des infractions telles que : le terrorisme, la haute
trahison, l’espionnage et potentiellement d’autres crimes mettant en péril la
stabilité de l’État.
Pour les autorités,
cette mesure se veut avant tout dissuasive, une manière forte d’affirmer la
détermination du pays à « protéger la Nation et restaurer l’ordre ».
En 2018, le Burkina
Faso rejoignait la dynamique mondiale d’abolition de la peine de mort, adoptant
un code pénal salué comme un progrès notable en matière de droits humains. La
dernière exécution dans le pays remontait d’ailleurs à 1988. Le projet actuel
marque ainsi un revirement majeur dans la politique pénale du pays, témoignant
de la pression sécuritaire qui pousse les autorités à adopter une ligne plus
ferme.
Les organisations
nationales et internationales de défense des droits humains expriment leur vive
inquiétude. Pour elles, la réintroduction de la peine capitale constitue un
recul démocratique, une menace pour les droits fondamentaux, une mesure
inefficace en matière de lutte contre le terrorisme, selon leurs analyses. Certaines
redoutent également que cette réforme ouvre la voie à une justice expéditive
dans un contexte où le pays traverse une période de transition politique et
militaire.
Si le projet de
nouveau code pénal a été validé en Conseil des ministres, il doit encore être
examiné et adopté par l’Assemblée législative de transition (ALT). Le débat
parlementaire s’annonce intense, entre impératifs sécuritaires et exigences de
respect des droits humains.