Climat et biodiversité : le ministre veut faire payer les efforts du Gabon à leur juste valeur



2026-10-28 13:14:00

Face à la faiblesse des retombées financières liées à la préservation de ses forêts, le Gabon entend revoir sa stratégie de valorisation du capital naturel. Certification des crédits carbone, mobilisation des financements verts et protection des écosystèmes : le nouveau ministre de l’Environnement affiche ses ambitions pour faire de l’engagement climatique du pays un véritable levier de développement économique.



Le Gabon veut-il continuer à préserver ses forêts pour le bénéfice de la planète sans en tirer des retombées économiques à la hauteur de ses efforts ? C’est l’une des questions centrales soulevées lors de l’intervention du ministre de l’Environnement et du Climat, Stephen Stanislas OLOUNA MOUBA sur Gabon 24.

Face aux limites du système international de financement climatique, le membre du gouvernement défend une nouvelle approche : mieux valoriser le patrimoine naturel gabonais et obtenir une rémunération plus juste des services environnementaux rendus à l’échelle mondiale. Derrière cette ambition se dessine un enjeu stratégique pour le pays : transformer la préservation de la biodiversité en une source de financement du développement, sans réduire la richesse des écosystèmes à leur seule valeur marchande.

 

Le constat du ministre est sans détour. Le système international de rémunération des efforts de préservation des forêts doit évoluer. Selon lui, il ne peut continuer à privilégier les mécanismes qui financent la restauration des écosystèmes dégradés sans accorder une reconnaissance financière suffisante aux pays qui ont fait le choix de les préserver sur la durée.

Le Gabon entend ainsi défendre une approche plus équitable lors des négociations internationales sur le climat, notamment dans le cadre des conférences des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP).

Le pays dispose d’un patrimoine forestier majeur, dont les écosystèmes contribuent à la régulation du climat mondial. Pourtant, la reconnaissance de cette contribution ne se traduit pas automatiquement par des recettes à la hauteur des attentes.

Le ministre rappelle que la détention d’un patrimoine forestier ne suffit pas à générer des revenus. Pour accéder aux financements, le Gabon doit notamment disposer de crédits carbone certifiés, traçables et commercialisables sur les marchés concernés.

Cette démarche suppose de renforcer les outils techniques, les procédures de certification et les mécanismes de gouvernance nécessaires à la crédibilité des transactions. L’objectif est de mieux convertir les performances environnementales du pays en ressources financières mobilisables.

 

Pour concrétiser cette ambition, le ministre a évoqué plusieurs échéances. Selon ses déclarations, le gouvernement entend finaliser, dans un délai de deux à trois mois, la certification d’un certain nombre de crédits carbone. À l’horizon de six à neuf mois, les outils nécessaires à leur valorisation devraient être mis en place afin de permettre l’ouverture de discussions commerciales.

Ces échéances traduisent une volonté d’accélérer un processus présenté comme essentiel à la stratégie environnementale nationale. Elles devront toutefois être suivies à l’aune de résultats concrets : volumes certifiés, transactions conclues, recettes effectivement encaissées et bénéfices tirés pour l’économie nationale.

Le ministre souhaite également dépasser une approche centrée sur les crédits liés aux forêts préservées sans exploitation. Il entend explorer d’autres catégories de crédits, notamment ceux associés aux zones d’exploitation, évoqués durant l’entretien sous l’appellation de crédits volontaires.

Cette diversification pourrait élargir les possibilités de financement, à condition que les projets concernés répondent aux exigences d’intégrité environnementale, de mesure des réductions d’émissions et de transparence.

 

La valorisation du carbone ne dépend pas uniquement de la qualité des forêts gabonaises. Elle repose également sur la capacité des institutions à organiser les mécanismes de gestion, de négociation et de répartition des revenus.

Sur ce point, le ministre a mis en avant une clarification des responsabilités institutionnelles. Selon les éléments présentés lors de l’interview, le Conseil National Climat est appelé à assurer la gestion des questions liées aux changements climatiques, tandis que l’AGADEV doit intervenir dans la négociation des crédits carbone.

Cette organisation vise à structurer davantage l’action publique et à renforcer la capacité du Gabon à mobiliser les financements auxquels il peut prétendre.

L’enjeu est déterminant. Sans cadre de gouvernance lisible, sans traçabilité des crédits et sans règles précises de partage des bénéfices, les opportunités offertes par les marchés carbone risquent de ne pas produire les retombées attendues.

Pour le Gabon, il ne s’agit donc pas seulement de disposer d’un patrimoine naturel reconnu, mais de se doter des instruments nécessaires pour en tirer une valeur économique réelle.

Le ministre entend également élargir la réflexion à l’ensemble des services rendus par les écosystèmes. La forêt, les mangroves et les autres milieux naturels ne contribuent pas uniquement à la séquestration du carbone. Ils participent aussi à la protection des littoraux, à la préservation des ressources en eau, au maintien de la biodiversité et au soutien de nombreuses activités économiques.

Cette approche ouvre la voie à une stratégie plus large de financement vert, fondée sur la valorisation du capital naturel dans son ensemble.

Pour un pays engagé dans la diversification de son économie, l’objectif est de faire émerger de nouvelles sources de financement et d’activité, complémentaires aux secteurs traditionnels. La restauration écologique, l’écotourisme et les filières économiques liées aux ressources naturelles peuvent notamment contribuer à cette dynamique.

Toutefois, la valorisation économique de la biodiversité ne saurait se limiter à la création de nouveaux marchés. Elle doit également permettre de financer des politiques publiques, de soutenir les initiatives locales et de créer des opportunités pour les populations qui vivent au contact des écosystèmes.

La question du partage des bénéfices sera donc déterminante pour mesurer la portée sociale de cette ambition.

 

L’entretien accordé à Gabon 24 a également mis en lumière les pressions qui s’exercent sur les mangroves, notamment dans la zone de Mindoubé-Changaï, à Libreville. Des habitations se sont implantées dans ces espaces fragiles, exposant leurs occupants aux risques liés à l’instabilité des sols et aux inondations, tout en contribuant à la dégradation des écosystèmes.

Face à cette situation, le ministre a annoncé une réponse reposant sur trois axes : la sensibilisation, la répression des infractions et la réhabilitation des sites dégradés. Il a également évoqué l’accompagnement d’une organisation non gouvernementale engagée dans la restauration de certaines zones et la possibilité de procéder à des déguerpissements lorsque cela s’avère nécessaire. Il a par ailleurs rappelé qu’au moins 50 % des mangroves du Gabon seraient situées dans des aires protégées, tout en reconnaissant les pressions exercées sur les zones urbaines et périurbaines.

Cette intervention montre que l’ambition environnementale du gouvernement ne se limite pas à la recherche de financements internationaux. Elle implique également de renforcer la protection des écosystèmes sur le territoire national, en coordination avec les municipalités et les autorités locales.

L’efficacité de cette politique dépendra notamment de la capacité des pouvoirs publics à anticiper les occupations des zones sensibles, à faire respecter les règles d’urbanisme et à concilier protection de la nature, besoins en logements et activités économiques locales.