Commercialisation du lait caillé, jus de bissap et de gingembre : l'agasa dit stop !



2026-05-06 09:53:00

En suspendant la commercialisation de plusieurs produits artisanaux très consommés, l’Agasa invoque l’urgence sanitaire. Mais derrière la logique de protection du consommateur, la décision expose la fragilité d’un secteur informel qui nourrit autant qu’il fait vivre.



Avec l’interdiction immédiate de la commercialisation du lait caillé, des jus artisanaux de bissap et de gingembre, ainsi que des glaces en sachet ou en bouteilles reconditionnées, l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (Agasa) a frappé fort. Officiellement, la mesure se veut préventive et répond à des « non-conformités majeures » relevées lors de contrôles sanitaires, principalement liées à des insuffisances d’hygiène dans les chaînes de fabrication. En toile de fond, une préoccupation légitime : protéger les consommateurs contre des produits potentiellement à risque. Sur le principe, la décision s’inscrit dans une logique de santé publique difficilement contestable. Mais dans ses effets immédiats, elle agit comme un coup d’arrêt brutal sur une économie de subsistance largement tolérée jusqu’ici.

Car ces produits ne relèvent pas d’un simple segment marginal de consommation. Ils occupent une place centrale dans les habitudes alimentaires urbaines, notamment en période de forte chaleur, où ils constituent à la fois une alternative accessible pour les ménages et une source de revenus essentielle pour des centaines de petits producteurs, revendeuses et commerçants de rue. En suspendant leur commercialisation sans période transitoire ni calendrier de réintégration clairement défini, l’Agasa place de fait une partie du secteur informel dans une zone de vulnérabilité immédiate. Le problème n’est donc pas tant la régulation que sa brutalité : encadrer un secteur est nécessaire, mais l’assainir sans mécanisme d’accompagnement rapide revient à sanctionner une économie que l’État n’a jamais réellement structurée.

C’est là tout le paradoxe de cette décision : nécessaire sur le plan sanitaire, risquée sur le plan social. L’Agasa annonce un processus d’enregistrement et de mise en conformité des opérateurs, avec à terme une liste d’acteurs autorisés à exercer. L’intention est saine, mais sa crédibilité dépendra de la rapidité du dispositif, de sa lisibilité et de sa capacité à ne pas exclure les plus modestes au profit des seuls opérateurs déjà formalisés. En l’état, la mesure ouvre une séquence délicate : celle d’une régulation qui devra prouver qu’elle peut protéger sans asphyxier, corriger sans exclure, et moderniser sans casser les équilibres fragiles de l’économie populaire.