Eramet : L’État français bientôt premier actionnaire, quelles retombées pour l’économie gabonaise ?



2026-10-14 14:31:00

L’État français s’apprête à renforcer sa position au sein d’Eramet en portant sa participation jusqu’à 49 % des droits de vote effectifs, à la faveur d’une augmentation de capital de 500 millions d’euros. Une opération à forte portée stratégique, qui dépasse le seul redressement financier du groupe minier et soulève des enjeux majeurs pour le Gabon, où Comilog et SETRAG occupent une place centrale dans l’économie nationale.



Le groupe minier Eramet a annoncé une augmentation de capital de 500 millions d’euros, soit près de 328 milliards de FCFA, prévue au quatrième trimestre 2026. Cette opération doit permettre au groupe de consolider sa structure financière et de restaurer ses équilibres, dans un contexte marqué par les tensions sur les marchés des matières premières et la compétition internationale pour l’accès aux métaux stratégiques.

Déjà détenteur de 27,1 % du capital par l’intermédiaire de l’Agence des participations de l’État (APE), la France entend participer à cette levée de fonds et pourrait acquérir des droits préférentiels détenus par Sorame-CEIR. À l’issue de l’opération, sa participation pourrait atteindre 49 % des droits de vote effectifs, faisant de l’État français le premier actionnaire du groupe, sous réserve des autorisations réglementaires requises.


Pour Christel Bories, présidente-directrice générale d’Eramet, cette recapitalisation constitue une étape majeure pour assurer la solidité financière du groupe et soutenir la mise en œuvre de ses orientations stratégiques. Au-delà de l’enjeu financier, l’opération confirme l’importance accordée par Paris à la sécurisation des approvisionnements en métaux critiques, devenus indispensables aux industries de la transition énergétique et aux chaînes de production stratégiques. En renforçant sa présence au capital d’Eramet, l’État français entend disposer d’un poids accru dans les décisions d’un groupe dont les activités s’étendent à plusieurs ressources minérales essentielles. Cette intervention traduit ainsi une volonté de préserver les intérêts industriels français dans un environnement économique marqué par une concurrence accrue entre puissances.


Au Gabon, les implications de cette évolution actionnariale méritent une attention particulière. Eramet y occupe une position de premier plan à travers la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), qui exploite le manganèse de Moanda, une ressource majeure pour les exportations nationales. Le groupe intervient également dans le secteur ferroviaire par l’intermédiaire de la Société d’exploitation du Transgabonais (SETRAG), chargée de l’exploitation et de l’entretien du réseau ferroviaire dans le cadre d’une convention avec l’État gabonais. L’activité de ces deux filiales revêt une importance économique considérable, tant pour l’acheminement du minerai vers les marchés internationaux que pour le transport des voyageurs et des marchandises à l’intérieur du pays.


À ce stade, le renforcement de la participation française ne s’accompagne d’aucune annonce de changement dans la gestion des activités d’Eramet au Gabon. Il pourrait toutefois conforter l’influence de Paris sur les grandes orientations du groupe, notamment en matière d’allocation des investissements et de développement des activités minières.

Pour les autorités gabonaises, la question centrale reste celle des retombées économiques et industrielles de ce partenariat. La transformation locale du manganèse, la création d’emplois, le transfert de compétences, la modernisation du réseau ferroviaire et l’amélioration des conditions d’exploitation constituent autant de priorités à inscrire dans le dialogue avec l’entreprise. L’enjeu est de veiller à ce que les impératifs stratégiques de l’actionnaire français ne relèguent pas au second plan les objectifs de développement économique du Gabon.


Cette opération de recapitalisation met ainsi en lumière deux intérêts qui, sans être nécessairement contradictoires, ne se confondent pas automatiquement : la volonté française de consolider un groupe minier stratégique et l’ambition gabonaise de tirer davantage de valeur de ses ressources naturelles. Si la stabilisation financière d’Eramet peut favoriser la continuité de ses activités et soutenir de nouveaux investissements, ses effets pour le Gabon dépendront des décisions prises et des engagements effectivement respectés.

Dans un secteur où la maîtrise des ressources minérales constitue un levier de puissance économique, Libreville devra maintenir une vigilance constante sur les investissements, la transformation locale et les bénéfices générés sur son territoire. Au-delà de la recomposition du capital d’Eramet, c’est donc la capacité du Gabon à défendre ses intérêts économiques dans un partenariat de long terme qui demeure en jeu.