Fonction publique : 1 756 agents fantômes font perdre plus de 8 milliards FCFA par an à l’État gabonais



2026-05-09 13:03:00

Au terme d’un vaste audit interne, les autorités ont mis au jour une situation aussi alarmante que coûteuse : 1 756 agents publics considérés comme “fonctionnaires fantômes” continuent de percevoir un salaire sans être présents dans leurs services.



Cette anomalie budgétaire, désormais officiellement documentée, représente une perte annuelle estimée à plus de 8 milliards FCFA, soit l’équivalent de plusieurs programmes d’investissement public.


Dans le jargon administratif, un “fonctionnaire fantôme” est un agent inscrit sur la masse salariale mais absent de son poste de manière prolongée, sans justification légale ni administrative. Des cas d’abandon de poste, de double emploi, d’absence non déclarée ou de dossiers opaques seraient à l’origine de cet effectif anormalement élevé, disséminé dans plusieurs ministères et établissements publics.

Selon les conclusions de l’audit, ces agents perçoivent chaque mois un traitement complet, représentant un drain financier qui affaiblit la capacité de l’État à financer des services essentiels.


Avec un coût moyen d’un peu plus de 380 000 FCFA par agent et par mois, ces 1 756 fonctionnaires fantômes entraînent une perte annuelle dépassant les 8 milliards FCFA.

Une somme considérable qui, selon les spécialistes des finances publiques, pourrait financer la construction ou la réhabilitation de plusieurs établissements scolaires ; l’achat d’équipements hospitaliers ; ou encore le renforcement de programmes sociaux prioritaires.

Cette situation met en lumière les défaillances persistantes dans la gestion du fichier des agents publics, un problème régulièrement évoqué mais jamais totalement résolu.


Face à cette réalité, le gouvernement a décidé d’engager une opération de nettoyage systématique du fichier de la fonction publique. Plusieurs mesures sont en cours.

Le Gouvernement instaure la convocation de conseils de discipline : chaque agent identifié devra présenter des justificatifs. En cas d’absence de preuves valables, une radiation immédiate du fichier de paie sera appliquée.

Des procédures judiciaires seront également engagées : les cas les plus graves pourront être poursuivis pour fraude ou enrichissement illicite, avec possibilité d’exiger le remboursement des sommes perçues à tort.

Enfin, le gouvernement relance la mise en place du Numéro d’Identification Personnelle (NIP), un outil destiné à sécuriser les carrières, prévenir les doublons et rendre l’ensemble du système de gestion plus transparent.


Le phénomène des agents fantômes n’est pas nouveau. Plusieurs gouvernements successifs avaient initié des campagnes de vérification sans réussir à éliminer totalement le problème. La différence aujourd’hui résiderait dans la volonté affichée de rompre définitivement avec ces pratiques, et dans la pression citoyenne croissante pour une gestion plus rigoureuse des fonds publics.


Au-delà des chiffres, ce dossier pose la question centrale de la gouvernance publique et de la confiance des citoyens dans l’administration. Assainir les effectifs, responsabiliser les agents et moderniser les outils de contrôle devient indispensable pour améliorer l’efficacité des services publics, rétablir une allocation juste des ressources, et redonner du crédit à l’action de l’État.


Ce chantier d’assainissement est désormais présenté comme une priorité. Sa réussite dépendra de la capacité à appliquer les sanctions annoncées, à digitaliser la gestion publique et à renforcer les pratiques de transparence dans la fonction publique gabonaise.