Franc CFA : la note de Citi ravive le spectre d’une dévaluation en Afrique centrale



2026-05-11 13:19:00

Une simple analyse financière publiée par Citigroup a suffi à relancer, en quelques heures, l’un des sujets les plus sensibles de l’histoire économique de l’Afrique centrale : la dévaluation du franc CFA. Alors que les réseaux sociaux et plusieurs médias se sont rapidement emballés autour d’une prétendue décision imminente, la réalité est bien plus nuancée. Derrière les inquiétudes suscitées par cette note se cachent surtout les fragilités structurelles de la CEMAC, la pression sur les réserves de change et les interrogations persistantes sur la soutenabilité du modèle économique régional.



Publiée le 7 mai 2026 et relayée par Bloomberg, l’analyse de Citigroup émane de David Cowan, économiste en chef de Citi pour l’Afrique. Contrairement à certaines interprétations alarmistes, cette note ne constitue ni une annonce officielle de dévaluation ni une décision émanant de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Il s’agit d’une recommandation d’analyste financier estimant que la CEMAC pourrait, à terme, envisager une dévaluation du franc CFA afin de soutenir la croissance économique et de préserver ses réserves de change. Cette hypothèse concerne l’ensemble des pays de la sous-région — Cameroun, Congo, Gabon, Tchad, République centrafricaine et Guinée équatoriale — dont la monnaie reste arrimée à l’euro. La nuance est importante : aucune décision politique ou monétaire n’a été prise à ce stade par les autorités compétentes.

Le Gabon occupe néanmoins une place centrale dans ce raisonnement économique en raison de sa forte dépendance aux revenus pétroliers. Dans plusieurs analyses récentes, David Cowan estimait déjà que les économies africaines fortement liées au pétrole pourraient être plus vulnérables à un affaiblissement durable des réserves de change si les cours du brut demeuraient sous pression. Selon cette logique, les banques centrales commencent généralement par puiser dans leurs réserves extérieures avant d’envisager un ajustement du taux de change. D’autres mesures peuvent également être utilisées, comme le durcissement des restrictions d’accès aux devises, ce qui favorise souvent l’apparition de pénuries et de marchés parallèles. Dans le cas de la CEMAC, le partage d’une monnaie commune accentue le risque de contagion économique entre États membres, rendant la stabilité régionale particulièrement sensible aux déséquilibres d’un seul pays.

Mais au-delà des considérations techniques, la forte réaction provoquée par cette note révèle surtout la profondeur du traumatisme laissé par la dévaluation de 1994 dans les mémoires collectives. Pour de nombreux citoyens de la sous-région, le sujet dépasse largement le cadre monétaire : il touche directement au pouvoir d’achat, à la souveraineté économique et à la confiance dans les institutions régionales. Consciente de cette sensibilité, la BEAC a rapidement réaffirmé sa position en écartant officiellement toute perspective de dévaluation et en qualifiant les rumeurs d’infondées. Pourtant, le débat soulevé par Citi remet indirectement en lumière les défis structurels auxquels la CEMAC reste confrontée : dépendance aux matières premières, faiblesse de la diversification économique, vulnérabilité des réserves extérieures et nécessité de renforcer les capacités industrielles régionales. Plus qu’une annonce de crise imminente, cette note agit finalement comme un révélateur des interrogations persistantes sur l’avenir du modèle monétaire d’Afrique centrale.