Industrie : 137 entreprises sur 188 dirigées par des expatriés au Gabon
2026-05-12 11:17:00
Le gouvernement gabonais dispose désormais d’une photographie détaillée de son tissu industriel. Restitués au vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, les résultats de l’Enquête nationale sur la collecte des données du secteur industriel révèlent plusieurs déséquilibres structurels majeurs, notamment la forte domination des expatriés dans la direction des entreprises industrielles et la concentration des activités dans la province de l’Estuaire.
Lancée en 2024 avec l’appui de la Banque africaine de développement (BAD), cette enquête pilotée par le ministère de l’Industrie et de la Transformation locale visait à établir un état des lieux précis du secteur industriel gabonais afin de mieux orienter les politiques publiques. Les données collectées mettent en évidence une centralisation importante des activités industrielles autour du Grand Libreville. Sur les 190 entreprises recensées à l’échelle nationale, 127 sont implantées dans la seule province de l’Estuaire, confirmant le poids économique dominant de Libreville et de sa périphérie dans l’appareil productif national. Cette concentration géographique pose notamment la question du développement industriel des provinces de l’intérieur et du rééquilibrage territorial des investissements.
Mais l’un des enseignements les plus marquants de cette étude concerne la gouvernance des entreprises industrielles opérant au Gabon. Selon les résultats présentés lors de l’atelier de restitution, sur 188 entreprises implantées dans le pays, 137 sont dirigées par des expatriés contre seulement 51 par des Gabonais. Des chiffres qui relancent le débat sur la place des compétences nationales dans la gestion du secteur industriel et sur les défis liés au transfert de compétences, à la formation et à l’émergence d’un véritable tissu entrepreneurial local capable de porter l’industrialisation du pays.
L’enquête met également en lumière des insuffisances réglementaires préoccupantes. Plusieurs entreprises industrielles exercent actuellement sans disposer de l’agrément technique industriel pourtant exigé pour l’encadrement et la régulation des activités du secteur. Cette situation révèle les limites des mécanismes actuels de contrôle et de suivi administratif des opérateurs économiques. Dans son intervention, le ministre de l’Industrie et de la Transformation locale, Lubin Ntoutoume, a d’ailleurs insisté sur les « faiblesses dans les mécanismes de collecte, de traitement et de diffusion des données industrielles », ainsi que sur la « fragmentation des sources d’information » qui compliquent la mise en œuvre de politiques industrielles efficaces.
Pour les autorités, cette enquête constitue désormais un outil stratégique destiné à moderniser le système d’information industrielle du Gabon et à renforcer la planification économique. Dans un contexte où le pays ambitionne d’accélérer sa transformation locale et sa diversification économique, la maîtrise des données industrielles apparaît comme un préalable essentiel à l’élaboration de politiques publiques plus cohérentes et plus adaptées aux réalités du terrain. À travers cette initiative soutenue par la BAD, le gouvernement espère ainsi poser les bases d’une industrialisation mieux structurée, plus inclusive et davantage tournée vers la valorisation des compétences nationales.