France : un gouvernement né la nuit, mort à l’aube



2025-10-06 10:43:00

14 heures d’existence pour l’équipe Lecornu, un record d’instabilité politique sous la Ve République



C’est un épisode que l’histoire retiendra comme l’un des plus courts et les plus surréalistes de la Ve République française. À peine nommé dimanche soir, le gouvernement conduit par Sébastien Lecornu a démissionné lundi matin, après seulement quatorze heures d’existence officielle. Une déflagration politique qui plonge à nouveau la France dans l’incertitude institutionnelle, confirmant la crise profonde d’un pouvoir exécutif à bout de souffle.

Un gouvernement éphémère

Dimanche 5 octobre, peu avant 21 heures, l’annonce de la composition du nouveau gouvernement tombe : Sébastien Lecornu, ministre des Armées devenu Premier ministre, dévoile une équipe censée incarner le « rassemblement et la stabilité ». À l’Élysée, Emmanuel Macron parle de « moment de clarification » et promet « une méthode renouvelée ».

Mais à peine la liste des ministres publiée, les critiques fusent. La droite républicaine, dont une partie devait soutenir le nouveau Premier ministre, dénonce une « manœuvre sans cap ». Le Parti socialiste et le Rassemblement national annoncent, dans la nuit même, leur intention de déposer une motion de censure. À l’aube, le couperet tombe : Lecornu remet sa démission au Président de la République, qui l’accepte sans délai.

Les raisons d’un fiasco

Selon plusieurs sources au sein du gouvernement sortant, les divisions internes et les tractations de dernière minute ont fragilisé dès le départ la crédibilité de l’équipe Lecornu. La tentative d’équilibre entre centristes, républicains et macronistes a tourné court.

« Ce gouvernement n’a pas tenu parce qu’il ne reposait sur aucun socle politique solide », confie un conseiller de l’Élysée. Dans un Parlement éclaté où aucune majorité claire ne se dégage, chaque camp a préféré abattre ses cartes plutôt que de soutenir un Premier ministre déjà fragilisé.

Un coup dur pour Emmanuel Macron

Pour le chef de l’État, ce nouvel échec ressemble à une impasse. Depuis les élections législatives anticipées, l’exécutif peine à bâtir une coalition stable. L’épisode Lecornu, aussi bref qu’humiliant, confirme la fragilité extrême du système institutionnel français en période de cohabitation fragmentée.

« Nous assistons à la fin d’un cycle, à la fois politique et moral », estime la politologue Claire Demesmay. « La France entre dans une ère de gouvernements éphémères et de compromis impossibles. »

Et maintenant ?

À l’heure où Emmanuel Macron consulte à nouveau ses proches, l’hypothèse d’un gouvernement technique ou d’une dissolution anticipée ressurgit. En attendant, la France demeure sans Premier ministre effectif, et le spectre d’une crise institutionnelle prolongée se précise.

Un gouvernement né la nuit et mort à l’aube : symbole d’un pouvoir en sursis, d’une République fatiguée, et d’une classe politique en quête de boussole.