Gabon : quand la “mendicité moderne” devient un inquiétant phénomène de société
2026-05-11 10:40:00
Longtemps associée à l’extrême précarité et aux personnes sans domicile, la mendicité semble aujourd’hui prendre au Gabon une dimension nouvelle, plus diffuse et plus préoccupante. Dans les rues de Libreville, Port-Gentil ou encore dans certains services administratifs, des comportements assimilés à une forme de “mendicité moderne” se multiplient, au point d’alimenter un profond malaise social et de nombreuses interrogations sur l’évolution des mentalités et des conditions de vie dans le pays.
Le phénomène ne se limite plus aux images classiques de personnes en situation de détresse sollicitant l’aide des passants. Désormais, de nombreux citoyens évoquent des scènes devenues presque banales : des hommes bien habillés présentant de fausses ordonnances médicales pour obtenir de l’argent au centre-ville, des adolescents s’approchant des véhicules à Port-Gentil pour demander quelques pièces, ou encore des collègues cherchant systématiquement à profiter du repas d’autrui dans certains bureaux administratifs. Une réalité qui choque une partie de l’opinion publique, d’autant plus qu’elle semble toucher toutes les couches sociales et toutes les générations. Pour beaucoup, cette évolution traduit l’installation progressive d’un état d’esprit où la débrouillardise opportuniste prend parfois le pas sur l’effort personnel et l’autonomie financière.
Cette situation soulève des questions plus profondes sur les fragilités sociales et économiques du Gabon. Comment un pays riche en ressources naturelles peut-il voir émerger une telle banalisation de la dépendance financière au quotidien ? Derrière ces comportements, plusieurs facteurs sont régulièrement évoqués : le chômage des jeunes, l’augmentation du coût de la vie, les inégalités sociales, l’effritement des solidarités familiales traditionnelles ou encore une culture de l’assistanat développée au fil des décennies. Pour certains observateurs, cette “mendicité moderne” serait moins le reflet d’une pauvreté extrême que celui d’un malaise social plus large, marqué par la perte de repères économiques et la recherche de solutions faciles dans un contexte d’incertitude.
Au-delà de l’aspect économique, ce phénomène interroge également sur les valeurs collectives et l’image que renvoie aujourd’hui la société gabonaise. Car lorsque la demande permanente d’argent ou d’assistance devient un comportement normalisé dans l’espace public, dans les administrations ou même dans les relations sociales ordinaires, c’est tout un modèle de vivre-ensemble qui semble fragilisé. De plus en plus de voix appellent ainsi à une réflexion nationale sur l’éducation à l’autonomie, la valorisation du travail, l’entrepreneuriat et la responsabilité individuelle. Car pour beaucoup, la lutte contre cette “mendicité d’esprit” ne pourra pas se limiter à des réponses sécuritaires ou sociales : elle nécessitera surtout une transformation des mentalités et une reconstruction de la confiance économique et citoyenne.