Guadeloupe : 24 personnalités appellent à l’indépendance de la Guadeloupe



2026-10-26 14:52:00

Le 24 octobre 2026, vingt-quatre personnalités guadeloupéennes ont lancé un appel à la création d’un Conseil national de la Guadeloupe, conçu comme un gouvernement provisoire chargé de préparer l’indépendance de l’archipel. Portée notamment par des figures historiques du mouvement indépendantiste, cette initiative intervient dans un contexte de tensions sociales autour de la vie chère et des difficultés économiques. Elle remet au centre du débat la question de la souveraineté, des relations avec l’État français et des réparations historiques.



Une nouvelle initiative politique vient relancer le débat sur le statut de la Guadeloupe. Le samedi 24 octobre 2026, vingt-quatre personnalités ont appelé à la création d’un « Conseil national de la Guadeloupe », présenté comme un gouvernement provisoire chargé de préparer l’avènement d’une République indépendante. Parmi les signataires figurent Luc Reinette, figure historique de l’indépendantisme guadeloupéen, Raymond Gauthierot, ancien dirigeant de l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG), et Jean-Jacob Bicep, secrétaire général de l’Union populaire pour la libération de la Guadeloupe (UPLG).

Le projet prévoit plusieurs étapes : la constitution du Conseil national, l’élaboration d’un projet de société, la création d’une Assemblée populaire et l’ouverture de négociations avec l’État français. Les discussions envisagées porteraient notamment sur les institutions, l’économie, les questions sociales et la culture. Les signataires réclament également des réparations liées à la colonisation, à la traite négrière, à l’esclavage et à l’engagisme des travailleurs d’origine indienne. Leur démarche traduit une volonté de dépasser les revendications d’aménagement institutionnel pour poser directement la question de la souveraineté politique de l’archipel.

Le choix du 24 octobre revêt une dimension historique. Il renvoie au soulèvement de 1801 contre le contre-amiral Lacrosse, représentant du pouvoir français, qui aboutit à son arrestation et à la formation d’un gouvernement provisoire dirigé par Magloire Pélage. Cette expérience prend fin en 1802 avec l’expédition française conduite par le général Richepance et le rétablissement de l’esclavage. En faisant référence à cet épisode, les signataires inscrivent leur appel dans une mémoire politique marquée par les luttes pour l’autonomie et la liberté. Cette référence historique constitue un élément symbolique de leur démarche, mais ne confère pas, en elle-même, de pouvoir juridique au Conseil qu’ils souhaitent créer.

L’initiative intervient dans un climat social tendu. Depuis la mi-octobre, des mobilisations et des barrages ont été signalés en Guadeloupe, sur fond de revendications liées à la vie chère et aux difficultés économiques. Les élus locaux ont, de leur côté, appelé à l’ouverture de négociations avec l’État et défendu des mesures de soutien aux entreprises et aux collectivités.

Deux approches se dessinent ainsi dans le débat public : d’un côté, la recherche de réponses immédiates aux difficultés sociales et économiques ; de l’autre, une remise en cause plus profonde du cadre institutionnel et de la relation entre la Guadeloupe et la France. Les deux démarches peuvent se croiser, sans pour autant se confondre.

Reste la question de la portée concrète de cet appel. La création annoncée d’un Conseil national ne signifie pas que la Guadeloupe dispose désormais d’un gouvernement reconnu ou que l’indépendance est engagée juridiquement. Une évolution du statut du territoire nécessiterait des procédures institutionnelles et politiques spécifiques, ainsi qu’une clarification du soutien populaire à un éventuel changement de souveraineté. La capacité des signataires à élargir leur démarche au-delà de leurs réseaux militants sera donc déterminante. En attendant, cet appel témoigne de la persistance d’un débat sur l’autodétermination, les réparations et la place de la Guadeloupe dans son environnement caribéen.