L’exportation de l’Iboga interdite : Vers une nouvelle étape de souveraineté sur la ressource



2026-09-19 14:38:00

Le Conseil des ministres du 18 septembre 2026 a adopté un projet de décret interdisant l’exportation de l’Iboga et de l’ensemble de ses dérivés, quelle que soit leur forme. Une décision qui s’inscrit dans le prolongement du dispositif réglementaire engagé depuis plusieurs mois autour de cette ressource végétale et des savoirs traditionnels qui lui sont associés.



Le Gabon renforce son dispositif de protection de l’Iboga. Réuni le 18 septembre 2026, le Conseil des ministres a adopté un projet de décret portant interdiction de l’exportation de l’Iboga et de ses dérivés. Selon le communiqué final, l’interdiction concerne toute personne physique ou morale et s’applique à l’ensemble des formes sous lesquelles la ressource ou ses dérivés peuvent être exportés. 

La mesure vise, selon les autorités, à renforcer la protection de cette ressource végétale et à préserver le patrimoine culturel ainsi que les savoirs traditionnels qui lui sont associés. Les contrevenants seront exposés aux sanctions prévues par les législations pénale, forestière et douanière en vigueur. 

Cette nouvelle décision ne constitue toutefois pas le premier encadrement de l’Iboga au Gabon.

Dès février 2019, un arrêté avait suspendu, à titre conservatoire, l’exportation de Tabernanthe iboga, sous forme brute ou dérivée. Le texte prévoyait néanmoins la possibilité d’autorisations spéciales d’exportation dans certaines conditions. 

Le cadre réglementaire a ensuite évolué en 2026. Le décret n°0239 du 22 mai 2026 réglemente notamment l’accès, l’utilisation, l’exploitation, la recherche, la transformation et la commercialisation de l’Iboga, de ses dérivés et des savoirs traditionnels associés. Le texte a inscrit l’Iboga et certains de ses dérivés alcaloïdiques, notamment l’ibogaïne, dans une logique de patrimoine stratégique national. 

Le projet présenté en Conseil des ministres en avril prévoyait déjà un système d’autorisation préalable, un mécanisme de partage des avantages avec les communautés détentrices des savoirs associés, ainsi qu’un Fonds souverain de l’Iboga destiné notamment au développement de la filière, à la recherche scientifique et à la valorisation du patrimoine culturel gabonais. 

Au-delà de la seule interdiction d’exporter, l’enjeu est également économique.

Le choix opéré par les autorités pose la question de la valorisation locale de l’Iboga. En limitant la sortie de la ressource brute et de ses dérivés, le dispositif peut être analysé comme une volonté de conserver davantage de valeur au niveau national : recherche, transformation, propriété intellectuelle, développement de produits et structuration d’une filière gabonaise.

Le projet présenté en avril allait précisément dans cette direction avec la création annoncée d’un Fonds souverain consacré au développement de la filière et à la recherche nationale. 

Cette orientation devra toutefois être accompagnée d’un cadre permettant de déterminer concrètement qui peut exploiter l’Iboga, dans quelles conditions, pour quels usages et selon quelles modalités de partage des bénéfices.

L’Iboga ne représente pas uniquement une ressource végétale. Son utilisation est étroitement associée à des pratiques et savoirs traditionnels gabonais.

Le décret de mai 2026 prévoit ainsi une protection juridique des savoirs traditionnels associés et encadre notamment les demandes de brevets portant sur les ressources et dérivés de l’Iboga. 

Cette dimension est importante dans un contexte où les ressources génétiques et les savoirs traditionnels font l’objet d’une attention croissante à l’échelle internationale. Le projet de décret présenté en avril faisait notamment référence au Protocole de Nagoya et au traité de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle relatif aux ressources génétiques et aux savoirs traditionnels associés. 

À ce stade, il convient de distinguer le projet de décret adopté en Conseil des ministres du texte définitif et de son entrée en vigueur. Le communiqué du 18 septembre annonce l’adoption du projet et précise le principe d’interdiction ainsi que les sanctions applicables. 

Les modalités pratiques d’application seront donc déterminantes pour les acteurs de la filière : producteurs, détenteurs de savoirs traditionnels, chercheurs, transformateurs, opérateurs économiques et administrations chargées du contrôle.

Avec cette nouvelle étape, le Gabon poursuit ainsi la construction d’un cadre spécifique autour de l’Iboga. L’enjeu dépasse désormais la seule protection d’une plante emblématique : il porte également sur la maîtrise de la ressource, la protection des savoirs associés et la capacité du pays à développer localement une chaîne de valeur autour de son patrimoine biologique et culturel.