Lambaréné : Sachie Ishibashi donne une seconde vie aux écailles de poisson
2026-10-21 11:30:00
Considérées comme des déchets après la vente du poisson, les écailles trouvent une nouvelle utilité à Lambaréné. Japonaise installée au Gabon, Sachie Ishibashi les transforme en boucles d’oreilles artisanales, une initiative qui met en lumière le potentiel de valorisation des ressources locales.
À Lambaréné, dans le Moyen-Ogooué, Sachie Ishibashi a choisi de faire des écailles de poisson une matière première pour ses créations artisanales. Japonaise de naissance et Lambarénéenne d’adoption, elle confectionne à la main des boucles d’oreilles à partir d’écailles récupérées au Centre de pêche de la ville. L’idée lui est venue après avoir découvert les écailles du « Sans nom », un poisson particulièrement abondant dans la localité. Surprise par leur taille et leur apparence, elle a décidé d’explorer les possibilités qu’offrait cette matière habituellement jetée.
La fabrication des bijoux suit plusieurs étapes. Après leur récupération, les écailles sont nettoyées individuellement avec du détergent, puis teintées et mises en forme. Elles sont ensuite séchées avant l’application d’un revêtement protecteur. Ce procédé permet d’obtenir des pièces artisanales dont la matière première provient directement de l’activité de pêche locale. En s’appuyant sur une ressource disponible à Lambaréné, l’artisane développe ainsi une activité qui repose sur la transformation d’un sous-produit de la pêche.
Pour Sachie Ishibashi, cette démarche ne se résume pas à la fabrication de bijoux. Elle vise également à attirer l’attention sur la manière dont les déchets sont perçus et traités. À son arrivée au Gabon, la quantité de détritus abandonnés dans la nature l’a particulièrement marquée. Elle souhaite, à travers son activité, encourager le public à s’interroger sur la valeur des matières destinées à être jetées. L’initiative s’inscrit ainsi dans une logique de réutilisation, même si l’artisane reconnaît les limites environnementales de ses créations. Les crochets utilisés pour les boucles d’oreilles sont importés et le revêtement appliqué aux écailles ne permet pas de considérer les bijoux comme entièrement écologiques.
L’activité comprend également un volet de transmission. Sachie Ishibashi partage son savoir-faire avec des jeunes de Lambaréné et s’appuie sur une participation locale pour développer sa production. Cette dimension contribue à faire connaître une pratique artisanale fondée sur la transformation des ressources disponibles dans la région. Elle soulève aussi la question des possibilités de développement de petites activités économiques à partir de matières premières souvent négligées.
À travers ses créations, Sachie Ishibashi illustre une autre manière d’aborder la gestion des déchets, en particulier ceux issus des activités de pêche. Si cette initiative ne constitue pas, à elle seule, une réponse aux enjeux de pollution, elle montre qu’une matière considérée comme sans valeur peut être réutilisée dans une activité artisanale. À Lambaréné, ses bijoux rappellent ainsi que la réduction des déchets passe aussi par l’identification de nouvelles possibilités d’utilisation, la sensibilisation des populations et la valorisation des ressources locales.