Le pont de Mayumba : l'ouvrage qui a mis fin à des décennies d'enclavement
2026-07-30 10:53:00
Pendant près de soixante ans, Mayumba, chef-lieu de la province de la Nyanga, est restée séparée du reste du territoire gabonais par la lagune Banio. Aujourd'hui, un pont routier et ferroviaire relie enfin cette ville côtière au reste du pays, mettant fin à un des plus vieux serpents de mer de l'aménagement du territoire gabonais.
Un projet vieux de plusieurs
générations
L'idée d'un pont à Mayumba ne
date pas d'hier. La construction d'un pont pour désenclaver la ville avait déjà
été envisagée par l'administration coloniale française en 1957. En 1975, le
président Omar Bongo Ondimba avait lancé les travaux, sans qu'ils n'aboutissent.
Le projet est resté en sommeil pendant plus de trois décennies, au point de
devenir, pour plusieurs générations de Nynoi, un symbole d'attente et de
promesses non tenues.
Une décennie de travaux
C'est finalement Ali Bongo
Ondimba, arrivé au pouvoir en 2009, qui confie le chantier au groupe italien
Sericom. Le chantier démarre en mai 2010. Baptisé officiellement « pont sur la
Banio » du nom du fleuve qu'il enjambe l'ouvrage est plus connu localement sous
le nom de pont de Mayumba, puisqu'il relie la presqu'île de Bana, chef-lieu du
département de la Basse-Banio, au reste du pays.
Long de 520 mètres, l'ouvrage a
représenté un investissement d'environ 83 milliards de francs CFA. Il comprend,
outre la voie routière, un compartiment ferroviaire prévu pour accompagner de
futurs projets miniers et portuaires dans la région.
Une inauguration très attendue
Le pont a été officiellement
inauguré le 20 juin 2014 par le président Ali Bongo Ondimba, en présence du
Premier ministre de l'époque, le Professeur Daniel Ona Ondo. Les travaux
avaient été achevés avec quelques mois d'avance sur le calendrier prévisionnel,
une performance saluée par les autorités.
Ce jour-là, le chef de l'État n'a
pas caché son attachement personnel au dossier, rappelant qu'il avait grandi en
entendant parler de ce projet pendant trente ans. Pour de nombreux habitants de
Mayumba, ville d'environ 5 200 habitants et longtemps restée semi-enclavée,
l'ouvrage a marqué un tournant très concret dans leur quotidien : fin des
ruptures de charge, trajets facilités vers Libreville et le reste du pays, et
perspective d'un désenclavement durable.
Un maillon d'un projet plus
vaste
Le pont sur la Banio n'a pas été
pensé comme une infrastructure isolée. Sa vocation ferroviaire s'inscrit dans
un projet de port en eau profonde à Mayumba, destiné notamment à l'évacuation
du fer de Bélinga, un gisement estimé à environ un milliard de tonnes de
réserves, ainsi qu'à une partie des exportations de manganèse gabonais.
Selon un document de présentation
du projet portuaire, ce futur port serait relié à la rive de Mayumba par un
second pont au-dessus de la lagune Banio, d'environ 300 mètres de long et
comptant deux à quatre voies. Le port pourrait à terme drainer l'activité
d'exploitants situés jusqu'à 150 à 200 kilomètres à la ronde, y compris côté
congolais, avec des volumes d'exportation de bois estimés selon les scénarios
entre 50 000 et 200 000 m3.
Au-delà de l'ouvrage, un débat
sur le développement
L'inauguration du pont a aussi
suscité, à l'époque, des débats sur la manière dont les grands travaux publics
sont valorisés politiquement au Gabon. Certains observateurs ont interrogé la
pertinence de grandes cérémonies officielles pour chaque infrastructure livrée,
y voyant un révélateur plus large des attentes et des frustrations autour du
rythme du développement des provinces reculées comme la Nyanga.
Douze ans après sa mise en
service, le pont de Mayumba reste, pour la population locale, la preuve
tangible qu'un désenclavement annoncé depuis 1957 a fini par se concrétiser
même si la promesse d'un port en eau profonde, elle, reste encore à réaliser