Notation, pouvoir et indépendance : Afreximbank rompt avec Fitch Ratings



2026-01-26 17:58:00

La décision de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) de mettre fin à sa collaboration avec l’agence de notation Fitch Ratings marque un tournant majeur dans la relation entre les institutions financières africaines et l’architecture financière mondiale. Bien au-delà d’un désaccord technique, ce choix traduit une volonté affirmée du continent de reprendre la maîtrise de son évaluation économique et financière.



Afreximbank a officialisé sa rupture avec Fitch Ratings, estimant que les évaluations de l’agence « ne reflètent plus une bonne compréhension » de son accord d’établissement, de sa mission et de son mandat. Cette décision intervient après la dégradation de la note de la banque à un niveau proche du statut spéculatif, une appréciation jugée incompatible avec son rôle de créancier privilégié et d’institution de développement panafricaine.

Pour la banque, cette notation traduit une lecture inadaptée de son modèle. Afreximbank revendique un mandat spécifique, adossé à des protections juridiques solides prévues par son accord de création, ratifié par les États membres. Ces garanties, combinées à la qualité de ses actionnaires et à son positionnement stratégique, constituent selon l’institution des facteurs de résilience que certaines agences de notation traditionnelles peinent à intégrer.

Avec près de 40 milliards de dollars d’actifs et des évaluations favorables d’autres agences internationales telles que Moody’s, JCR ou GCR, Afreximbank entend démontrer qu’elle dispose de fondamentaux solides. La banque affirme ainsi sa capacité à accéder aux marchés et à financer le commerce africain sans dépendre exclusivement du regard des agences occidentales.

Ce divorce dépasse le cadre strict de la finance. Il s’inscrit dans une contestation plus large d’une architecture financière mondiale perçue comme asymétrique et parfois punitive à l’égard des économies du Sud. Les notations souveraines et institutionnelles influencent directement le coût du financement et peuvent contraindre les politiques économiques nationales, renforçant un sentiment de dépendance structurelle.

En se passant des services de Fitch, Afreximbank pose un acte politique fort et ouvre un débat stratégique : celui de la création de mécanismes d’évaluation panafricains, capables de mieux prendre en compte les réalités, les mandats et les ambitions du continent. Un pas supplémentaire vers une souveraineté financière assumée, et peut-être, à terme, vers une redéfinition des rapports de force dans la finance internationale.