Open banking en CEMAC, comment ouvrir sans fragiliser la confiance ?
2026-09-09 12:04:00
En CEMAC, banques, fintechs, établissements de paiement coopèrent déjà. Mais les comptes bancaires restent fermés aux services digitaux. L’open banking ne consiste pas à ouvrir les comptes sans contrôle. Il s’agit de bâtir des accès sécurisés, standardisés et supervisés. La question est désormais simple. Quels rails faut-il construire pour innover sans fragiliser la confiance ?
C’est l’un des grands sujets de la finance
numérique en Afrique centrale. La CEMAC dispose déjà d’acteurs bancaires, des
solutions mobiles money, de fintechs, d’infrastructures régionales et d’un
cadre applicable aux services de paiement.
Mais disposer d’un cadre des services de paiement
ne signifie pas « open banking ». C’est ici qu’il faut éviter la
confusion.
L’interopérabilité permet à des systèmes de
paiement de faire circuler une transaction entre participants. L’open banking
organise, lui, l’accès contrôlé de prestataires tiers à certains services
bancaires ou informations de compte, à la demande du client, dans un cadre
sécurisé, traçable et supervisé. Les deux peuvent se compléter. Mais l’un ne
remplace pas l’autre.
L’open banking n’ouvre pas les coffres des banques. Il construit des portes avec leurs clés, des règles et des preuves.
Ce que l’open banking change
réellement
L’open banking est souvent présenté comme une
ouverture des données bancaires. Cette présentation est trop réductrice.
Dans une approche sérieuse, l’open banking n’est
pas une ouverture libre et incontrôlée. C’est un cadre organisé dans lequel
certains services bancaires peuvent être exposés à certains acteurs autorisés,
pour certains usages, avec un consentement clair, des API sécurisées, des
règles de responsabilité et une supervision.
Il peut permettre, par exemple, de vérifier qu’un
compte existe avant un remboursement, de confirmer un bénéficiaire, de
consulter certaines informations utiles à un service autorisé, d’initier un
paiement à la demande du client, ou de faciliter la réconciliation des
encaissements d’une entreprise.
Il peut aussi permettre à des PME de mieux suivre
leurs flux, à des banques de distribuer leurs services via des partenaires, à
des fintechs de créer des outils de trésorerie, et à des commerçants de mieux
rapprocher ventes, paiements, commissions et règlements.
Mais ces usages ne sont possibles que si l’ouverture repose sur un socle solide.
Pourquoi les banques ont intérêt à ouvrir
Pour une banque, l’open banking peut d’abord
sembler être une contrainte, exposer des services, gérer des API, superviser
des prestataires, renforcer la sécurité et clarifier la responsabilité. Mais
cette lecture est incomplète. Une ouverture bien encadrée peut aussi devenir un
levier bancaire.
D’abord, elle transforme les API en nouveaux
canaux de distribution. Une banque peut rester présente dans le parcours client
même lorsque celui-ci utilise une application fintech, un outil de trésorerie
PME, une plateforme marchande ou un service d’encaissement.
Ensuite, elle peut créer de nouveaux revenus hors
intérêts, frais d’accès API, services premium de vérification de compte,
confirmation de bénéficiaire, initiation de paiement, réconciliation, reporting
ou solutions de trésorerie.
Elle peut aussi renforcer la connaissance des flux
économiques. Pour financer une PME, une banque n’a pas seulement besoin d’un
bilan annuel, elle a besoin de signaux réguliers sur les encaissements, les
paiements, la saisonnalité, les charges et la stabilité de l’activité.
L’ouverture n’est donc pas une faveur faite aux
fintechs. Bien organisée, elle peut devenir pour les banques un moyen de
défendre leur rôle, d’élargir leur distribution, de mieux servir les clients et
de monétiser certains services dans un cadre maîtrisé.
Pour une banque, le risque n’est pas seulement d’ouvrir ses services. Le risque est aussi de rester fermée pendant que d’autres acteurs construisent l’expérience financière autour de ses clients.
Potentiel chiffré, les services
monétisables de l’open banking en CEMAC
Ces chiffres ne représentent pas directement le
marché de l’open banking. Ils montrent plutôt la profondeur des usages
numériques sur lesquels des services ouverts pourraient s’appuyer.
Le premier gisement concerne les paiements de
biens et services. Selon les données issues du rapport BEAC 2024, la valeur des
paiements de biens et services via mobile money a atteint environ 3 072
milliards FCFA en 2024.
L’intérêt pour une banque n’est pas seulement
d’encaisser une commission. Il est aussi de rester présente dans les flux
quotidiens du client, payer une facture d’énergie, régler un abonnement,
rembourser un service, payer un fournisseur, recevoir un salaire, encaisser une
vente, régler une échéance.
Un deuxième gisement concerne les transferts et
remittances. Les données reprises du rapport BEAC indiquent que les transferts
reçus depuis l’extérieur de la CEMAC vers des comptes mobiles ou bancaires ont
atteint environ 1 354 milliards FCFA en 2024.
Un troisième gisement concerne les dépôts. Le
secteur bancaire CEMAC représentait en 2024 environ 17 995 milliards FCFA de
dépôts clientèle. Ce chiffre montre que l’open banking ne doit pas être
pensé uniquement comme un outil fintech. Il peut devenir un canal bancaire pour
mieux mobiliser les dépôts et mieux analyser les flux des clients.
Le potentiel le plus stratégique pourrait venir du
crédit rapide à la consommation.
Avec plus de 56,47 millions de comptes de
paiement recensés dans la zone, même une adoption limitée de services de crédit
court terme pourrait représenter des volumes significatifs. À titre de
scénario, si seulement une partie des comptes de la CEMAC (10%) accédait à un
crédit rapide moyen de 50 000 FCFA, le volume annuel pourrait être de
282 milliards.
Ces chiffres ne sont pas une prévision officielle.
Ils montrent simplement l’ordre de grandeur du marché si l’open banking
permettait de mieux qualifier les clients, d’analyser leurs flux, de sécuriser
le consentement et d’automatiser une partie du parcours de crédit.
Pour une banque, le sujet devient donc très concret, l’open banking peut aider à transformer les paiements du quotidien en signaux financiers exploitables.
Ouvrir, oui, mais avec des
rails
L’open banking peut devenir un levier important
pour la CEMAC. Mais il ne doit pas être présenté comme une ouverture immédiate
et générale des banques. Il doit commencer par des usages concrets, encadrés et
connectés aux infrastructures déjà disponibles.
C’est précisément là que GIMACPAY peut jouer un
rôle stratégique. Les banques peuvent commencer par s’ouvrir progressivement à
travers des rails existants, maîtrisés et déjà orientés vers l’interconnexion.
C’est à cette condition que l’open banking pourra
devenir non seulement un sujet technologique, mais un moteur de transformation
pour toute la zone.
Auteur : Aimé NGUEMA TCHANG,Expert Fintech