Parlons de nos provinces Les provinces oubliées du pouvoir : Enquête sur les territoires durablement éloignés des centres de décision
2026-10-29 12:09:00
Au Gabon, la concentration des institutions à Libreville contraste avec les réalités des neuf provinces. Une cartographie nationale de 675 projets de développement, présentée en septembre 2025, révèle des écarts importants dans la répartition territoriale des projets publics. Au-delà des investissements, la question de la représentation des provinces dans les lieux de décision mérite également d'être examinée.
Libreville, centre névralgique du pouvoir
Depuis plusieurs décennies, Libreville concentre les principales institutions politiques, les administrations centrales et une part importante des activités économiques du Gabon. Cette centralisation structure les circuits de décision et l'élaboration des politiques publiques. Pour les territoires éloignés de la capitale, l'enjeu est celui de la prise en compte des besoins locaux, de l'accès aux services publics et de la capacité des collectivités à peser sur les choix nationaux. La décentralisation constitue, dans ce contexte, un levier potentiel pour rapprocher l'administration des populations.
Des écarts visibles dans la répartition des projets
La cartographie nationale des projets de développement, réalisée entre mai et juin 2025, recense 675 projets répartis sur les neuf provinces. Présentés en Conseil des ministres le 8 septembre 2025, les résultats indiquent que l'Estuaire concentre 30,7 % des projets, contre 4,3 % pour l'Ogooué-Lolo et 5,8 % pour l'Ogooué-Ivindo. Ces données constituent un premier indicateur des disparités territoriales, mais ne suffisent pas à établir une inégalité dans l'allocation des ressources : la valeur financière des projets, leur nature, leur population bénéficiaire et leur état d'avancement doivent également être pris en compte.
La représentation politique, autre indicateur du poids des provinces
La présence des territoires dans les institutions constitue un second axe d'analyse. La loi n° 020/2025 du 27 juin 2025 répartit les 145 sièges de députés entre les circonscriptions électorales, dont 26 pour l'Estuaire, 23 pour le Haut-Ogooué, 18 pour la Ngounié et 18 pour le Woleu-Ntem. Cette répartition ne mesure toutefois pas directement l'influence politique de chaque province. Pour établir une cartographie plus complète du pouvoir, il faudrait examiner les nominations aux hautes fonctions, la composition successive des gouvernements, les responsabilités confiées dans les institutions et les directions des entreprises publiques, en vérifiant l'origine territoriale des responsables à partir de sources fiables.
Des projets annoncés aux résultats concrets
La localisation des investissements ne garantit pas leur réalisation. Selon la même cartographie nationale, 51,6 % des projets étaient en cours, 24,7 % n'avaient pas démarré et 18,2 % étaient à l'arrêt. Ces chiffres soulèvent une question complémentaire : au-delà des annonces, quels territoires bénéficient effectivement des infrastructures et des services attendus ? Une comparaison des taux d'exécution, des dépenses engagées et des résultats obtenus dans chaque province permettrait de mieux apprécier l'équité territoriale des politiques publiques.
Vers une géographie plus équilibrée de la décision publique
La question des provinces dites « oubliées du pouvoir » appelle donc une analyse dépassant le seul nombre de responsables originaires de chaque territoire. Elle suppose de croiser la représentation institutionnelle, la distribution des investissements et l'accès aux services essentiels. Pour le Gabon, l'enjeu est de garantir que les besoins des neuf provinces soient identifiés, hiérarchisés et pris en compte dans les décisions nationales. La publication régulière de données territorialisées sur les budgets, les nominations et l'exécution des projets permettrait de nourrir un débat public fondé sur des faits et de mesurer les progrès accomplis en matière de cohésion territoriale.