« Parlons de vous » : Géraldine Josterne Bissah, la cinéaste gabonaise qui refuse de renoncer à ses rêves



2026-01-16 09:40:00

Dans sa rubrique dédiée aux parcours inspirants, « Parlons de vous », BiBa 241 donne cette semaine la parole à Géraldine Josterne Bissah, réalisatrice gabonaise née le 13 juin 1990 à Libreville, passionnée de cinéma, d’écriture et de lecture.



Une femme de convictions, portée par une devise simple mais puissante : « Tant qu’on respire, on peut tout. »

Derrière cette phrase, un parcours fait de luttes silencieuses, de sacrifices assumés et d’une foi inébranlable en l’art comme vecteur d’expression et de transformation sociale.

Une vocation née très tôt

Le cinéma n’est pas arrivé par hasard dans la vie de Géraldine Josterne Bissah. Il s’est imposé à elle dès l’enfance.

« Déjà à l’âge de 10 ans, j’ai commencé à écrire des histoires sans comprendre pourquoi. Je m’enfermais dans ma chambre toute la journée, parfois même sans manger », confie-t-elle.


Malgré l’opposition parentale et l’incompréhension de son entourage, l’envie d’écrire et de raconter des histoires ne l’a jamais quittée. Au lycée, ses récits deviennent plus profonds, plus structurés, et surtout appréciés par ses camarades. Un encouragement déterminant.

« Je me rendais compte que j’écrivais des choses sensées », se souvient-elle.

C’est après l’obtention de son baccalauréat en 2012, à son arrivée à Libreville, que cette passion enfouie refait surface avec force. Géraldine décide alors d’assumer pleinement sa vocation et de suivre la voie du cinéma.

S’imposer dans un univers fermé

Les débuts sont rudes. Arriver dans la capitale sans réseau, sans moyens financiers conséquents, et dans un secteur où les femmes peinent encore à se faire une place, relève du défi.

« Être une femme dans ce milieu, ce n’est pas facile. Certaines portes nous sont fermées. Mais avec la passion, l’objectivité et le travail, j’ai dû me créer une place et m’imposer le respect », explique-t-elle.

Sans nom reconnu ni soutien institutionnel, Géraldine avance à force de persévérance, d’ambition, de patience et d’humilité.

« Je n’ai pas encore atteint mon objectif final, mais je suis déjà arrivée à un niveau considérable », affirme-t-elle avec lucidité.

Résilience et détermination comme boussole

Les obstacles sont nombreux, notamment liés aux stéréotypes de genre.

« Certains pensent encore qu’il existe des secteurs réservés aux hommes. Mais nous sommes à une ère où la femme veut se valoriser et apporter sa pierre à l’édifice », martèle-t-elle.

Convaincue que la femme est le socle de la société, Géraldine puise sa force dans cette certitude pour continuer à avancer, malgré les résistances et les épreuves.

Ambitieuse et déterminée, elle ne lâche rien.

« J’ai réalisé des courts-métrages et un long-métrage sans grands moyens, mais avec de la détermination. Je remercie toutes les personnes qui ont cru en moi, qui ont regardé ce que j’avais dans la tête et non mon sexe ou mon physique », souligne-t-elle.

Une vision exigeante du cinéma

Ce qui distingue Géraldine Josterne Bissah dans le paysage cinématographique gabonais, c’est avant tout sa motivation profonde.

« Il y a ceux qui font du cinéma pour la célébrité, d’autres pour expérimenter. Moi, je le fais par passion, sans condition. Et surtout, je ne lâche devant rien », affirme-t-elle sans détour.

Elle nourrit également une vision claire pour l’avenir du cinéma gabonais.

« Le cinéma est le 7ᵉ art. Si l’État met à disposition les moyens nécessaires, le Gabon peut devenir une grande industrie cinématographique en Afrique, voire dans le monde », estime-t-elle.

Son souhait : que les artistes gabonais puissent enfin vivre de leur art et valoriser le pays à l’international.

Un message fort à la jeunesse

À ses pairs de la jeune génération, Géraldine adresse un message empreint de vérité et d’espoir :

« Ne baissez jamais les bras. Les échecs ne doivent pas nous freiner, mais devenir une source de motivation », confie-t-elle.

Elle évoque sans détour les sacrifices personnels consentis, les incompréhensions familiales, les relations perdues, mais aussi la foi qui l’a toujours portée.

« Ce sont des rouages qui embelliront mon chemin à l’avenir. Et surtout, mettre Dieu en avant dans tout ce que l’on fait », insiste-t-elle.

Conseils d’une battante

Enfin, Géraldine Josterne Bissah prodigue des conseils lucides à ceux qui souhaitent suivre sa voie : humilité, respect, apprentissage permanent et passion sincère.

« Il y aura des jours de découragement, des trahisons, des abandons. Je l’ai vécu. Mais il faut marcher la tête haute et avancer », dit-elle.

Consciente des difficultés propres au contexte gabonais, elle conclut avec réalisme et foi :

« Faites les choses par amour. Apprenez tous les jours. Travaillez. La réussite viendra d’elle-même. »

À travers son parcours, Géraldine Josterne Bissah incarne une génération de femmes gabonaises qui refusent de renoncer, qui créent malgré tout et qui portent l’espoir d’un cinéma national fort, libre et reconnu.