Parlons de Vous : Parfait-Didier Elijah Ondo Oyono, l’esthète gabonais qui veut marquer son époque
2025-11-28 10:20:00
Dans le paysage créatif gabonais, certains noms traversent les modes, d’autres les redéfinissent. Parfait-Didier Elijah Ondo Oyono appartient à cette seconde catégorie. Né le 21 novembre 1974 à Oyem, l’homme s’est construit à la croisée des arts, des mots et des images, porté par une devise limpide, presque morale : « Peu importe ce que tu fais, fais-le bien ».
Une ligne de conduite qui éclaire depuis toujours son regard d’artiste, de directeur artistique, de créatif engagé et d’entrepreneur qui a refusé de se laisser enfermer dans les chemins tracés par d’autres.
Passionné de musique, amateur de cinéma, otaku assumé, il évolue dans un univers où les arts, la culture et les nouvelles technologies se rencontrent pour nourrir une vision : ne jamais être en retard sur son temps. Selon lui, il n’existe aucune excuse pour rester immobile dans un monde en constante transformation ; l’expérience ne doit pas être une nostalgie, mais un levier pour continuer d’évoluer, d’innover, de contribuer.
Son parcours reflète cette philosophie. Après une enfance passée en France, puis une adolescence au Gabon, il navigue entre les couloirs du Lycée National Léon Mba, ceux du lycée d’État d’Oyem, de l’Université Omar Bongo et de l’École Nationale des Instituteurs. Très vite, il comprend que ce que le système prépare pour lui ne correspond pas à ses aspirations. Le cadre semble trop étroit, presque étranger à son essence. Alors, il se tourne vers ce qu’il a toujours porté en lui : le talent artistique, l’amour du beau, le sens du rythme et de l’image. Il se perfectionne dans les arts oratoires, se forme au graphisme, affine sa voix et son style au sein de Radio Emergence puis de l’agence Essylane International (FCB/Draft). En 2010, il franchit un cap décisif en créant sa propre structure, KOD B’ART, héritière de son ancien label musical et reflet de sa signature artistique singulière.
Lorsqu’il évoque ce qui l’a guidé dans sa trajectoire, il rejette la notion de réussite trop souvent galvaudée. Selon lui, l’être humain n’est jamais véritablement satisfait. Pourtant, il confesse une exigence personnelle rare : un perfectionnisme constant, presque brûlant. Chaque projet doit être digne, abouti, pensé dans les moindres détails. Cette rigueur lui vient d’une phrase prononcée jadis par son professeur de philosophie, M. Louison Wangou : « Il y a des gens qui viennent sur terre et s’en vont comme s’ils n’avaient jamais existé, à part pour leurs proches. Ne sois pas de ceux-là. » Depuis, Elijah porte en lui une ambition simple mais puissante : impacter le monde. Et si le monde lui échappe, alors au moins impacter le Gabon.
Les obstacles n’ont pas manqué. Comme beaucoup d’entrepreneurs africains, il s’est heurté au manque de confiance locale, à cette maxime devenue presque proverbiale : « Nul n’est prophète chez soi. » Dans son domaine, la croyance persistante qu’une agence 100 % gabonaise ne peut être compétente à la hauteur des standards internationaux entrave encore l’essor des talents locaux. À cela s’ajoute la dure école de l’entrepreneuriat autodidacte : apprendre la gestion d’entreprise, les ressources humaines, la fiscalité, la comptabilité, souvent à travers les erreurs, parfois à travers les chocs. Mais il développe une résilience solide, presque structurée, qui ne lui permet jamais d’abandonner. Le perfectionnisme, encore lui, le ramène toujours vers l’avant.
La singularité de Parfait-Didier Elijah Ondo Oyono réside dans son rapport presque sacré au beau. Pour lui, la beauté se niche dans les détails, dans l’harmonie subtile entre l’idée et la forme. Cette obsession le distingue, tout comme la conviction que chaque directeur artistique porte en lui un talent inné qui fait de son regard un espace unique. C’est précisément ce regard qui, depuis plus de dix ans, nourrit ses créations et lui permet d’imposer sa touche dans un secteur en pleine mutation.
Une mutation qui, selon lui, n’augure rien de simple. Le Gabon, comme de nombreux pays, assiste à une dévalorisation progressive du travail artistique, conséquence directe de la banalisation des outils numériques, de l’essor de l’intelligence artificielle et de la multiplication de « faiseurs » peu formés qui cassent les prix et affaiblissent l’écosystème. Aujourd’hui, tout le monde se dit graphiste ; demain, beaucoup s’en réclameront encore, sans mesure réelle de l’exigence artistique. Pourtant, rappelle-t-il, ce sont des artistes qui ont dessiné les symboles les plus puissants du pays, notamment le drapeau et le sceau de la République. La beauté n’est pas un luxe. C’est un langage national.
Son message à la jeunesse sonne comme un rappel plein d’humilité : respecter ceux qui ont vécu, comprendre que si la vie semble difficile aujourd’hui, elle l’était encore plus hier, et travailler à ce que demain soit moins rude pour ceux qui viendront. Les jeunes sont, selon lui, les seuls capables de faire bouger les lignes. Encore faut-il en avoir la volonté.
À ceux qui souhaitent suivre son exemple, il offre un conseil qui résume parfaitement son parcours : lorsque quelqu’un affirme qu’une chose est impossible, cela signifie simplement que c’est impossible pour lui. Mais il met en garde : la persévérance n’est pas l’obstination. Savoir avancer, savoir s’arrêter, savoir recommencer : voilà, selon lui, le véritable art de réussir.
Avec son regard aiguisé, son âme de créateur et sa volonté de donner du sens à son œuvre, Parfait-Didier Elijah Ondo Oyono s’inscrit dans la lignée de ceux qui refusent de passer sur Terre sans laisser de traces. Et à travers son parcours, il rappelle une vérité essentielle : le beau transforme, inspire et élève, à condition d’être façonné avec sincérité, exigence et passion.