Trop de devoirs de groupe au collège : un système qui dénature l’évaluation des élèves
2025-11-26 10:11:00
Le premier trimestre vient à peine de s’achever, et déjà une réalité préoccupante se dessine dans certains établissements scolaires : la multiplication presque systématique des devoirs de groupe. Quasiment aucun devoir individuel à rendre durant tout le trimestre. Aucun. Tous les travaux demandés sont réalisés en groupe.
Derrière
cette pratique qui, en théorie, favorise la collaboration et l’entraide, se
cache une dérive inquiétante : la paresse administrative et la surcharge des
enseignants, qui invoquent un manque de temps pour corriger un nombre trop
important de copies. Résultat : ce sont les élèves qui en paient le prix.
Les
devoirs de groupe ne sont pas un problème en soi. Ils ont leur utilité :
développer l’esprit d’équipe, la communication, la coopération. Mais ils
doivent rester ponctuels, encadrés et équilibrés dans une évaluation globale. Or,
dans de nombreux collèges, ils deviennent la norme. Une norme imposée non pour
le bénéfice pédagogique des élèves, mais pour réduire la charge de correction
des enseignants.
Cette
pratique fausse complètement l’évaluation : certains élèves travaillent
réellement, d’autres profitent du groupe ; les élèves sérieux se
retrouvent à « sauver » le travail, au détriment de leur propre temps libre ;
les plus faibles avancent masqués, sans que leurs lacunes n’apparaissent ;
l’enseignant corrige un ensemble sans mesurer le niveau individuel.
C’est
une illusion pédagogique qui empêche d’identifier les besoins réels des élèves.
Mais
il serait injuste d’accuser les enseignants seuls. Leur attitude résulte aussi
d’un système où les classes sont surchargées, les heures de correction ne sont
pas valorisées, le rythme scolaire est épuisant, les moyens manquent
cruellement.
Dans
une salle où se côtoient parfois 80 élèves, comment un professeur peut-il
réellement suivre chaque parcours ? Les travaux de groupe deviennent alors un
moyen de survie organisationnelle, mais c’est un choix fait au détriment de la
qualité de l’enseignement.
L’évaluation
individuelle est un pilier de la pédagogie : elle permet de situer chaque
élève, de détecter les difficultés, d’accompagner la progression. Quand un
trimestre entier passe sans devoir individuel l’élève ne sait pas où il en est,
les parents n’ont aucun indicateur réel, les professeurs eux-mêmes perdent des
informations essentielles, la progression collective du niveau baisse
inévitablement.
À
long terme, cela crée des lacunes invisibles, qui resurgiront brutalement au
lycée ou au moment des examens nationaux.
Il
ne s’agit pas de condamner les travaux de groupe. Ils sont utiles, nécessaires
même dans une approche pédagogique moderne. Ce qui doit être dénoncé, c’est
leur caractère systématique, qui remplace l’effort individuel par une
responsabilité collective mal répartie, et surtout qui supprime la juste mesure
du niveau de chaque enfant.
L’école
doit trouver un meilleur équilibre : maintenir des devoirs individuels
réguliers, réduire les effectifs des classes, accompagner mieux les enseignants
et éviter les solutions de facilité.
Nos
enfants ont besoin d’être évalués pour progresser. Les masquer sous la
performance d’un groupe n’est ni une solution, ni une pédagogie.
Il
est temps que les établissements revoient leurs pratiques. Les parents doivent
s’interroger, les enseignants doivent reconnaître les limites de ce système, et
les autorités éducatives doivent réagir face aux effectifs trop importants et à
la fatigue du personnel. L’école ne doit jamais devenir un lieu où l’on corrige
moins au détriment de l’apprentissage. Elle doit rester un espace d’exigence,
d’équité et de progression individuelle.