Parlons de nos provinces : à Moanda, une affaire de rivalité commerciale aux allégations de sorcellerie devant la justice



2026-07-08 17:29:00

Dans cette nouvelle édition de « Parlons de nos provinces », BiBa 241 revient sur une affaire qui suscite de nombreuses réactions au marché municipal de Moanda, dans la province du Haut-Ogooué. Mêlant rivalité commerciale, accusations de pratiques occultes et procédure judiciaire, ce dossier alimente les discussions parmi les commerçants tout en rappelant la nécessité de laisser la justice établir les faits.



Une rivalité commerciale à l'origine de l'affaire

L'affaire concerne un commerçant camerounais de 53 ans, spécialisé dans la vente de livres et de fournitures scolaires. Plusieurs de ses confrères l'accusent d'avoir eu recours à des pratiques de sorcellerie afin de porter préjudice à leurs activités commerciales.

Selon les informations rapportées par la presse nationale, ces accusations trouveraient leur origine dans une concurrence entre vendeurs exerçant la même activité au marché municipal de Moanda. Les plaignants estiment que le commerçant supportait difficilement l'arrivée de nouveaux vendeurs proposant les mêmes produits, ce qui aurait alimenté des tensions au sein du marché.

À ce stade, il convient de rappeler que ces faits demeurent des allégations qui font actuellement l'objet d'une instruction judiciaire.

Des accusations qui reposent sur plusieurs témoignages

Les plaignants affirment que le commerçant aurait récupéré les photographies de deux de ses collègues avant de se rendre au Congo afin de consulter un féticheur. Selon leurs déclarations, un témoin aurait assisté à cette démarche avant d'en informer les personnes concernées.

Avant la saisine de la justice, une tentative de médiation aurait été organisée sous l'autorité de la présidente de la communauté camerounaise de Moanda afin de trouver une solution amiable.

D'après plusieurs témoignages rapportés dans cette affaire, le commerçant aurait initialement reconnu certains faits avant de revenir sur ses déclarations lors de son audition devant le juge d'instruction, contestant finalement l'ensemble des accusations portées contre lui.

Ces éléments devront être examinés contradictoirement au cours de la procédure.

Une information judiciaire ouverte à Franceville

À la suite de l'échec de la médiation, deux commerçants ont déposé plainte auprès de la brigade de gendarmerie de Moanda.

Le suspect a ensuite été présenté devant le juge d'instruction près le tribunal de première instance de Franceville, qui a décidé d'ouvrir une information judiciaire afin de vérifier les différentes accusations.

Par ailleurs, selon les informations disponibles, deux nouvelles plaintes auraient également été adressées au procureur de la République.

L'une des plaignantes affirme notamment avoir subi des préjudices qu'elle attribue au mis en cause. Ces affirmations font elles aussi partie des éléments actuellement examinés dans le cadre de l'enquête et n'ont pas été établies par une décision de justice.

Une liberté provisoire qui divise

À l'issue de sa présentation devant le magistrat instructeur, le commerçant a été placé sous le régime de la liberté provisoire.

Cette décision judiciaire a provoqué des réactions contrastées parmi les commerçants du marché municipal.

Certains disent poursuivre leurs activités dans un climat de crainte, estimant que cette remise en liberté entretient les inquiétudes au sein du marché. D'autres préfèrent attendre les conclusions de la justice tout en appelant au respect de la présomption d'innocence.

Cette affaire illustre également le poids que peuvent avoir les croyances traditionnelles dans certains conflits sociaux ou économiques, notamment lorsque des différends commerciaux prennent une dimension culturelle ou spirituelle.

Entre croyances et justice

Au Gabon, comme dans plusieurs pays d'Afrique centrale, les accusations de sorcellerie apparaissent régulièrement dans des conflits familiaux, successoraux ou commerciaux. Toutefois, ces accusations demeurent particulièrement difficiles à établir devant les juridictions.

Le rôle de la justice consiste précisément à distinguer les perceptions, les témoignages et les croyances des éléments de preuve juridiquement recevables. L'ouverture d'une information judiciaire permet aux enquêteurs et au magistrat instructeur de rassembler les faits, d'entendre les différentes parties et d'apprécier les éléments du dossier avant toute éventuelle décision de renvoi devant une juridiction de jugement.

Attendre les conclusions de l'enquête

À ce stade de la procédure, aucune culpabilité n'a été établie. Le commerçant mis en cause bénéficie de la présomption d'innocence jusqu'à une éventuelle décision définitive de justice.

L'instruction devra déterminer si les accusations formulées reposent sur des éléments suffisamment probants pour justifier d'éventuelles poursuites ou, au contraire, un non-lieu.

À travers cette nouvelle édition de « Parlons de nos provinces », BiBa 241 rappelle l'importance d'un traitement responsable de l'information judiciaire : rapporter les faits, donner la parole aux différentes parties lorsque cela est possible et respecter les principes fondamentaux de la justice, au premier rang desquels figure la présomption d'innocence.