Vincent Bolloré jugé à Paris : l’affaire des ports africains devant la justice
2026-03-23 11:07:00
Le milliardaire français sera jugé en décembre 2026 pour des faits présumés de corruption en Afrique de l’Ouest, dans un dossier emblématique des relations entre grands groupes et pouvoirs publics.
L’industriel français Vincent Bolloré comparaîtra du 7 au 17 décembre 2026 devant le tribunal correctionnel de Paris, dans le cadre de l’affaire dite des « ports africains ». Au cœur du dossier : des soupçons de corruption d’agent public étranger au Togo entre 2009 et 2011, en lien avec la campagne présidentielle de Faure Gnassingbé. Selon l’accusation, une filiale du groupe Bolloré, l’agence de communication devenue Havas, aurait fourni des prestations à des conditions préférentielles en échange d’avantages portuaires et fiscaux, notamment autour du port de Lomé. L’homme d’affaires encourt jusqu’à dix ans de prison et 375 000 euros d’amende.
Au-delà du cas personnel de Vincent Bolloré, ce procès cristallise des enjeux plus larges sur les pratiques des multinationales en Afrique. Les juges d’instruction estiment que ces faits relèvent d’un schéma de corruption structuré, impliquant également des opérations en Guinée lors de la campagne de Alpha Condé en 2010. Plusieurs cadres du groupe sont également renvoyés devant la justice. Ce dossier s’inscrit dans un contexte de vigilance accrue des autorités judiciaires françaises, notamment du Parquet national financier, face aux flux financiers et aux pratiques commerciales à l’international.
La procédure, particulièrement complexe, a connu de nombreux rebondissements, notamment l’échec d’une reconnaissance préalable de culpabilité en 2021 et une convention judiciaire validée pour le groupe, assortie d’une amende de 12 millions d’euros. La défense dénonce aujourd’hui une atteinte au droit à un procès équitable et a saisi la justice européenne. En face, les parties civiles et les ONG anticorruption voient dans ce procès un « moment de vérité », susceptible de faire jurisprudence. À travers cette affaire, c’est toute la question de la responsabilité des grandes entreprises dans leurs opérations en Afrique qui se retrouve désormais exposée devant les juges.