Comment l'Afrique peut accélérer la dynamique du commerce intra-africain
2026-09-07 11:58:00
Le renforcement des flux commerciaux entre les pays africains reste une priorité économique majeure. Il existe un potentiel considérable pour accélérer la croissance du commerce intra-africain afin de libérer les investissements, de stimuler l’industrialisation, notamment la transformation et la valorisation de nos ressources naturelles. Selon le rapport « Africa in Figures 2025» [L’Afrique en chiffres] publié par la Banque Africaine d’Import-Export (Afreximbank), le commerce intra-africain a progressé de 5,4 % en 2024 pour atteindre 206,6 milliards de dollars US, et la mise en œuvre continue de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) devrait renforcer davantage cette tendance. Il est important de poursuivre les efforts visant à combler les lacunes persistantes en matière de commerce, d’investissement et d’intelligence de Marché, qui continuent d’entraver la croissance des entreprises. Partout sur le continent, les entreprises sont confrontées à une connaissance limitée des opportunités de marché, et disposent d’informations réglementaires peu claires ainsi que d’un accès restreint au financement du commerce, autant de facteurs qui entravent leurs ambitions d’expansion au-delà des frontières.
C’est dans ce contexte qu’intervient la Foire commerciale
intra-africaine (IATF), la principale plateforme commerciale et
d’investissement du continent africain et l’un des moteurs d’intégration
économique de l’Afrique. Forte du succès de sa quatrième édition, qui a battu
tous les records à Alger et généré 50 milliards de dollars US d’accords
commerciaux et d’investissement, l’IATF 2025 continue de consolider sa position
de catalyseur du commerce intra-africain. Le véritable impact de l’IATF réside
dans sa capacité à mettre en relation les entreprises, à ouvrir de nouvelles
perspectives et à traduire les ambitions en résultats commerciaux concrets.
L'IATF2025 a mis en
évidence la dynamique croissante du commerce intra-africain, marquée par une
augmentation significative du nombre de participants, du volume des accords
conclus et de la valeur des transactions. Bien plus qu'une simple vitrine, la foire
a prouvé son efficacité en tant que plateforme permettant d'élargir l'accès aux
marchés, de promouvoir les produits et services africains, d'attirer les
investissements et de mettre les entreprises en relation avec de nouvelles
opportunités. Elle continue de produire des résultats concrets en facilitant
les partenariats et en renforçant les chaînes de valeur régionales et
continentales.
L’IATF s’est définitivement imposée
comme l’un des moteurs les plus influents du commerce, de l’investissement et
de l’intégration économique en Afrique. Les projecteurs se tournent désormais vers
le Nigeria. Lagos accueillera l’IATF2027 du 5 au 11 novembre 2027, réunissant
des entreprises, des investisseurs, des décideurs politiques, des chercheurs,
des créatifs et des innovateurs de tout le continent. L’ambition de l’édition
2027 à Lagos reflète les immenses opportunités qu’offre l’Afrique. Avec des
objectifs de plus de 50 milliards de dollars US d’accords commerciaux et
d’investissement, plus de 100 000 visiteurs et plus de 2 500 exposants,
l’IATF2027 s’annonce comme la plus grande édition à ce jour. Articulée autour
du thème « Global Africa, Smart Trade: From Market Access to Market
Power » [Une Afrique mondiale, un commerce intelligent : de l’accès au
marché au pouvoir de marché], elle marque un tournant audacieux,
positionnant l’Afrique non seulement comme un acteur, mais aussi comme une
force décisive façonnant son propre avenir économique.
Au-delà des chiffres phares – plus de
180 000 participants, 6 600 exposants issus de 132 pays et plus de 167
milliards de dollars US d’accords commerciaux et d’investissement cumulés au
cours de ses quatre premières éditions –, le message est clair : les
entreprises africaines sont prêtes pour l’expansion, la concurrence et à prendre
les devants, le continent regorgeant d’opportunités. Le véritable frein n’est
pas la demande, mais l’accès – plus précisément, le besoin de voies structurées
et efficaces permettant aux entreprises d’identifier les opportunités, d’entrer
en contact avec les bons partenaires et de conclure des transactions à grande
échelle. L’IATF est en première ligne pour faire tomber ces barrières et
libérer tout le potentiel commercial de l’Afrique.
Selon le rapport intitulé « The
Impact of the Intra-African Trade Fair (IATF) on Development and Trade,
2018–2024 » [L'impact de la Foire commerciale intra-africaine (IATF) sur
le développement et le commerce, 2018-2024], pas moins de 62,4 % des accords
conclus ont directement porté sur le commerce intra-africain, pour un montant
total de plus de 8,5 milliards de dollars US à chaque édition de la foire depuis
2018. Près de 360 000 petites entreprises et PME ont tiré parti de l’IATF, dont
des milliers d’entreprises dirigées par des femmes et des jeunes. L’impact
positif sur l’emploi est également significatif. Pour chaque million de dollars
US investi dans l’IATF, environ 42 emplois sont créés, ce qui signifie que
chaque édition du salon génère plus d’un demi-million d’opportunités d’emploi
directes à travers le continent. Ces résultats indiquent que le défi de
l’Afrique ne réside pas dans les capacités, mais dans la connexion entre les
acteurs. Pour maintenir la dynamique du commerce et de l’investissement, la
priorité du continent est de veiller à ce que les entreprises continuent
d’avoir accès aux informations, aux partenariats et aux systèmes de soutien
dont elles ont besoin.
C’est en ce sens que des plateformes
telles qu’IATF Virtual jouent
un rôle essential : elles permettent de maintenir les échanges entre
entreprises, d’assurer la visibilité des exposants, de faciliter le suivi
des opportunités commerciales pour les gouvernements et les entreprises, et de promouvoir
un dialogue intersectoriel continu tout au long de l’année. Cette plateforme a
le potentiel de devenir la place de marché permanente du continent. Pour les
PME qui se heurtent souvent à des obstacles liés aux coûts, aux déplacements et
à la logistique, de telles plateformes permettent de surmonter ces difficultés.
Alors que le Nigeria s’apprête à
accueillir l’IATF2027, le moment ne pourrait être mieux choisi. Le pays joue un
rôle central dans la réussite de la ZLECAf, non seulement en raison de la
taille de son marché, mais aussi grâce à ses vastes ressources naturelles et à
son potentiel industriel. En tant que producteur de premier plan de pétrole et
de gaz, de minéraux solides – notamment le lithium, le minerai de fer et l’or, essentiels aux
futures chaînes de valeur – et de matières premières agricoles essentielles, le
Nigeria occupe une position unique pour stimuler l’industrialisation
dont le continent a besoin.
Il est essentiel que les entreprises
nigérianes et africaines saisissent pleinement les opportunités offertes par la
Zone de libre-échange continentale africaine. La bonne nouvelle, c'est que
le continent s'engage déjà dans cette voie. Au Nigeria, par exemple, des
programmes de renforcement des capacités, des ateliers de préparation à
l’exportation, un accompagnement en matière de certification et des
partenariats avec des institutions telles que le Conseil nigérian de promotion
des exportations et l’Agence nigériane de développement des petites et moyennes
entreprises contribuent à doter les PME des connaissances et des outils
nécessaires pour commercer au-delà des frontières africaines. L’État de Lagos,
par exemple, renforce les fondements de la réussite, qu’il s’agisse
d’investissements dans le port en eau profonde de Lekki et les corridors
logistiques, ou encore du développement de pôles industriels et du soutien
apporté par des pôles de développement des entreprises.
Pour l’avenir, le message est clair.
L’Afrique est prête à accroître le commerce intra-africain, mais cette dynamique ne doit
pas s’essouffler. Le continent a démontré la pertinence de ce concept, prouvé
qu’il existe une demande et constaté les résultats. Alors que l’une des plus
grandes économies et l’un des pays les plus peuplés d’Afrique s’apprête à
accueillir le plus grand marché du continent, le défi consiste à transformer le
succès actuel en progrès exponentiels.
Par Kanayo Awani.
Vice-présidente exécutive de la Banque Africaine d'Import-Export (Afreximbank),
en charge du commerce intra-africain et du développement des exportations.