Compter les billets avec la salive : ce geste banal qui peut favoriser la transmission de microbes
2026-08-19 14:40:00
Par réflexe, certains commerçants, caissiers ou particuliers humidifient leurs doigts avec leur salive pour compter plus rapidement les billets. Une habitude courante qui peut favoriser le transfert de microorganismes, alors que les espèces circulent quotidiennement entre de nombreuses mains.
Compter
une liasse de billets en humidifiant le bout des doigts est une pratique
familière dans les commerces, les marchés, les transports ou lors de
transactions entre particuliers. Pourtant, ce geste peut favoriser une
contamination croisée : les doigts entrent en contact avec la salive, puis avec
des billets susceptibles de porter des microorganismes.
Les
billets font partie des objets les plus manipulés au quotidien. Au fil de leur
circulation, ils peuvent être exposés à différentes mains, surfaces et
environnements.
Une
étude publiée en 2024 dans la revue médicale Cureus
a notamment mis en évidence la présence de microorganismes sur des billets de
banque, des mains et des échantillons de salive. Menée auprès de 20 volontaires,
elle a relevé une contamination microbienne sur 35 % des échantillons prélevés
sur les billets. Parmi les bactéries identifiées figuraient notamment Staphylococcus aureus,
Escherichia coli
et Acinetobacter.
Ces
résultats ne signifient pas que chaque billet constitue un danger ou que sa
manipulation entraîne systématiquement une maladie. Ils montrent cependant que
les espèces monétaires peuvent servir de supports au transport et au transfert
de microorganismes.
Une
revue systématique publiée en 2025, consacrée à 35 études sur la contamination
microbienne des monnaies, va dans le même sens. Elle relève la présence de
différents microorganismes potentiellement pathogènes sur les billets et les
pièces, tout en rappelant que leur présence ne suffit pas à démontrer une
transmission directe d'une maladie.
Le
risque potentiel tient donc moins au billet pris isolément qu'à la succession
des contacts.
En
humidifiant ses doigts avec la salive, on dépose des microorganismes de la
bouche sur les mains et potentiellement sur les billets. Ceux-ci peuvent
ensuite être manipulés par d'autres personnes. À l'inverse, toucher un billet
contaminé puis porter les doigts à la bouche, au nez ou aux yeux peut également
favoriser le transfert de microorganismes.
Des travaux scientifiques se sont intéressés à cette question. Une étude menée sur des billets en circulation en Inde a notamment détecté du matériel génétique correspondant au virus de l'hépatite B sur certains échantillons. Les chercheurs ont évoqué une possibilité théorique de transmission par contact, notamment en présence de lésions cutanées ou des muqueuses, tout en précisant que leur étude ne démontrait pas une transmission de l'hépatite B par les billets.
La
question de l'hygiène se pose davantage lorsque la manipulation de l'argent
intervient juste avant celle des aliments.
Un
commerçant peut, par exemple, encaisser un paiement, compter des billets puis servir
immédiatement un aliment sans se laver les mains. La même situation peut se
produire à domicile lorsque des espèces sont manipulées avant la préparation ou
la consommation d'un repas.
Certaines
recherches ont également identifié les pratiques d'hygiène autour de la
manipulation des billets comme des facteurs pouvant favoriser leur
contamination : comptage avec de la salive, toux dans les mains ou absence de
lavage des mains après certaines activités.
La
première précaution consiste à abandonner l'habitude de porter les doigts à la
bouche pour compter les billets. Il est préférable de les manipuler avec les
mains sèches ou d'utiliser un dispositif adapté lorsque les volumes sont
importants.
Le
lavage régulier des mains, particulièrement avant de manger ou de préparer des
aliments, reste également une mesure essentielle pour limiter la transmission
des microorganismes.
Il
ne s'agit pas pour autant de considérer chaque billet comme un objet dangereux.
La monnaie fait partie de la vie quotidienne et sa manipulation ne constitue
pas, à elle seule, une menace sanitaire majeure. L'enjeu est surtout d'éviter
d'ajouter des pratiques susceptibles de favoriser les échanges de
microorganismes.
Humidifier
ses doigts avec de la salive peut sembler anodin et pratique. Mais face à des
billets qui passent de main en main, renoncer à ce réflexe constitue une
précaution d'hygiène simple, particulièrement dans les environnements où
l'argent et les aliments sont manipulés successivement.