« Parlons de vous » : Aude Sharys Ovono Allogo, de la plume au digital, l’itinéraire d’une créatrice qui veut changer le regard sur le Gabon
2026-09-04 18:05:00
Elle écrit, conseille, forme, influence et entreprend. À 30 ans, Aude Sharys Ovono Allogo s’est progressivement imposée dans l’écosystème gabonais de la communication digitale et de la création de contenus. Derrière le blog Plume-or by Aude Sharys, lancé en 2021, se trouve une professionnelle qui revendique une ambition claire : produire du contenu utile, valoriser les initiatives locales et contribuer à faire évoluer les usages numériques au Gabon.
C’est ce parcours singulier que BiBa 241 met à l’honneur dans sa rubrique « Parlons de vous », dédiée aux entrepreneurs, professionnels et personnalités dont les parcours témoignent d’une volonté de créer, d’innover et d’apporter leur pierre à la transformation du pays.
Née à Libreville le 18 février 1996, diplômée en Marketing et Commerce International, Aude Sharys Ovono Allogo évolue depuis 2018 dans l’univers professionnel. Responsable de la Communication Digitale à la Fondation Horizons Nouveaux, créatrice de contenus, blogueuse, formatrice en marketing digital, consultante en communication et auteure, elle a progressivement construit un écosystème professionnel qui dépasse largement les frontières d’un simple blog.
Sa devise, empruntée à Antoine de Saint-Exupéry, résume sa philosophie : « Fais de ta vie un rêve et de tes rêves une réalité. »
Une carrière construite entre marketing, rédaction et communication
Avant de devenir entrepreneure et créatrice de contenus, Aude Sharys Ovono Allogo a d’abord fait ses armes dans le monde professionnel. Son parcours débute en 2018 comme assistante marketing à Excel Form Digital. Elle rejoint ensuite Esprit Entrepreneur.net comme rédactrice Web, avant de devenir rédactrice en chef d’Esprit Entrepreneur Le Mag. En 2020, elle franchit une nouvelle étape et se lance en freelance.
Cette expérience va jouer un rôle déterminant dans la naissance de Plume-or. « Lorsque je lance mon blog, je suis frustrée par le manque de clarté et surtout le mensonge des entrepreneurs gabonais qui s’inventent des profils et des parcours », explique-t-elle.
À cette première frustration s’en ajoute une autre : celle de ne pas toujours pouvoir choisir les sujets ou les angles éditoriaux lorsqu’elle travaille pour des magazines. Mais c’est surtout son regard sur le Made in Gabon qui va finir de faire émerger le projet. « Les gens critiquaient le Made in Gabon, le prix et la qualité alors qu’ils ne pouvaient même pas citer cinq produits gabonais de tête », constate-t-elle. En 2021, elle décide donc de créer sa propre plateforme.
Plume-or, une réponse à trois frustrations
Avec Plume-or, Aude Sharys choisit de construire un média personnel autour de trois axes. Le premier consiste à parler des réalisations plutôt que des apparences. « Parler de ce que les gens font plutôt que ce qu’ils sont : on ne peut pas mentir sur la satisfaction client, sur un parcours, si », résume-t-elle.
Le deuxième pilier est consacré au Made in Gabon. La créatrice entend devenir une sorte de guide pour ceux qui souhaitent mieux connaître et consommer les produits locaux.
Enfin, Plume-or s’intéresse aux lieux de vie et de loisirs : restaurants, hôtels, Airbnb et autres adresses susceptibles d’intéresser aussi bien les Gabonais que les visiteurs.
Un positionnement qui lui permet de conjuguer information, découverte, influence et recommandation. « Je me positionne comme un leader d’opinion » Avec le temps, Aude Sharys a assumé une identité qui demeure parfois controversée dans l’espace public : celle d’influenceuse. Elle refuse cependant de considérer le terme comme péjoratif. « Je me positionne comme un leader d’opinion, une influenceuse. Je ne justifie plus le fait d’être influenceuse et ne prends plus ce mot comme péjoratif », affirme-t-elle.
Pour elle, le problème ne réside pas dans le mot lui-même, mais dans la connotation qui lui est parfois associée. « La définition d’un mot ne change pas d’un pays à un autre, c’est la connotation qui est touchée. Et si personne ne lave le mot et ramène le monde à son étymologie, je pense que c’est nous qui échouons », estime-t-elle. Mais son parcours démontre surtout qu’elle ne réduit pas son activité aux réseaux sociaux.
Bien plus qu’une présence numérique
Aude Sharys revendique une identité professionnelle qui ne dépend pas exclusivement des plateformes numériques. « Je ne suis pas une Aude Sharys uniquement des réseaux sociaux », insiste-t-elle. Elle cite notamment les Apéros Littéraires, un rendez-vous destiné à réunir auteurs locaux et lecteurs autour d’un divertissement qu’elle veut à la fois sain, culturel et éducatif.
Elle a également lancé Blog ta Passion, une caravane scolaire destinée aux élèves du secondaire et aux étudiants. Le programme entend les aider à envisager leur avenir autrement, en considérant le numérique comme un outil permettant de valoriser leurs passions. À cela s’ajoute son travail d’auteure.
Elle a notamment publié « P’tit Guide pour les Gourmands Modernes », présenté comme son produit de lancement sur le blog, puis « De Visible à Influent », un guide consacré au marketing digital et au marketing d’influence dans l’écosystème numérique gabonais. Autant de projets qui traduisent une volonté de laisser une trace au-delà des publications quotidiennes sur les réseaux sociaux.
La qualité plutôt que la course aux chiffres
Dès le lancement de son activité, Aude Sharys affirme avoir fait un choix stratégique : privilégier la qualité. « J’étais structurée dès le départ, j’avais une vision claire. Ayant travaillé en agence de communication et ayant fait de la radio, je savais plus ou moins comment aborder les marques et surtout quel contenu proposer pour les attirer », explique-t-elle. Elle ajoute : « Je visais le qualitatif, pas la quantité et c’est un pari gagné. »
Une stratégie qui lui a permis de construire progressivement son positionnement dans un environnement où la visibilité numérique est devenue un marché à part entière.
Quand les réseaux deviennent un outil de résilience
Comme beaucoup d’entrepreneurs et de professionnels de la création, elle connaît également des périodes de doute et de surcharge. Sa première réponse est spirituelle. « Pour les périodes d’incertitude et de crise, je prie. Je pense que Dieu est celui qui met en nous le vouloir et le faire et si je rencontre un “down”, je dois retourner à la source de mon inspiration et de mon don », confie-t-elle. Elle mise également sur son environnement proche.
Voyages avec sa mère, moments passés avec ses amis ou son compagnon : ces temps de respiration lui permettent de prendre du recul et de retrouver de l’énergie.
« Mon entourage est composé de personnes inspirantes et toujours prêtes à parler de business, d’angles que je ne voyais sûrement pas. Ça me permet de relativiser et je prends cela comme une réponse à mes prières et je me relance », raconte-t-elle.
Le défi permanent des collaborations et du financement
Son aventure entrepreneuriale n’est cependant pas exempte de difficultés.
Le principal défi, selon elle, réside dans la capacité à trouver les bonnes personnes avec lesquelles travailler.
« Les plus grands défis, c’est souvent de trouver les personnes parfaites avec qui collaborer. La plupart des gens ont un problème d’ego ou d’admiration », observe-t-elle.
Elle reconnaît également avoir parfois du mal à déléguer lorsqu’il s’agit de ses propres projets.
« Je préfère travailler en solo », admet-elle.
À cela s’ajoutent les réalités financières inhérentes à l’entrepreneuriat.
« Les défis financiers, ça ne manque jamais dans la vie d’un entrepreneur. Donc, c’est tout le temps », affirme-t-elle.
Dans ces moments, elle peut compter sur son cercle proche et ce qu’elle appelle le « Love Money ».
Du blogueur au créateur de contenus : un métier en mutation
Aude Sharys porte également un regard lucide sur l’évolution de son secteur.
Pour elle, le blogging sous sa forme traditionnelle a déjà connu son âge d’or au Gabon.
« Pour le blogging uniquement, il a vécu son âge d’or avec La P’tite Dame, Chesly 241, La Dame Mode, Agriscope, Madame Épargne... Avec le contenu vidéo qui explose, on ne sera appelés blogueurs que par souvenir de la profession. Nous sommes plus des vlogueurs et consultants aujourd’hui », analyse-t-elle.
Une mutation qui traduit l’évolution des usages numériques et des formats de consommation de l’information.
Dans dix ans, elle espère toutefois voir l’écosystème de la communication digitale davantage structuré.
« J’espère que nous serons plus avenants, que les collaborations seront plus structurées entre les créateurs de contenus et les marques », souhaite-t-elle.
Elle appelle également à une meilleure compréhension des métiers du digital.
« Qu’on ne mette plus des responsables communication comme experts en digital alors qu’ils n’ont pas cette corde à leur arc. Et le secteur se portera mieux », estime-t-elle.
« Une boule d’énergie »
Lorsqu’elle doit se définir en quelques mots, Aude Sharys choisit une expression qui correspond à son parcours : « une boule d’énergie, une motivatrice née et une passionnée. »
Une énergie qu’elle veut désormais transmettre à une nouvelle génération de professionnels et d’entrepreneurs.
Son conseil est d’ailleurs aussi simple que pragmatique :
« Apprenez à avoir un vrai carnet d’adresses, entretenez vos relations et formez-vous tant que vous pouvez. »
Une recommandation qui résume une réalité fondamentale de l’entrepreneuriat : le talent compte, mais il ne suffit pas. La compétence, le réseau, la capacité à apprendre et la qualité des relations construites dans le temps peuvent faire toute la différence.
À travers Plume-or, ses formations, ses activités de conseil, ses initiatives culturelles et ses ouvrages, Aude Sharys Ovono Allogo incarne finalement une nouvelle génération de professionnelles du numérique qui ne se contentent plus de produire du contenu : elles cherchent à créer de l’influence, structurer des communautés, valoriser les talents locaux et transformer leur expertise en véritable activité économique.
C’est tout l’esprit de « Parlons de vous » : donner la parole à celles et ceux qui construisent, souvent à leur manière, les nouvelles dynamiques de l’économie et de la société gabonaises.