DIASDEV : Et si la diaspora devenait un véritable moteur du financement de l’économie gabonaise ?
2026-09-03 11:50:00
Longtemps appréhendée principalement sous l’angle des transferts familiaux, la diaspora africaine représente aussi un réservoir d’épargne et de capitaux susceptible de financer durablement les économies nationales. Au Gabon, le projet DIASDEV entend justement contribuer à transformer cette ressource en investissement productif, en s’appuyant notamment sur la Caisse des dépôts et consignations et sur le développement de solutions d’épargne adaptées.
La diaspora n’est plus seulement une communauté installée à l’étranger. Elle peut devenir un acteur économique à part entière.
C’est l’un des principaux enseignements portés par le projet DIASDEV - « Diaspora et développement » - soutenu par l’Agence française de développement (AFD) et mis en œuvre par Expertise France. Lancé en janvier 2023, le programme doit s’achever fin 2026 et concerne notamment le Gabon, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Bénin, la Mauritanie et la Tunisie. Son objectif : accompagner les Caisses des dépôts et consignations dans la mobilisation de l’épargne de leurs diasporas afin de financer le développement économique.
L’enjeu dépasse donc la simple question des transferts de fonds.
Dans de nombreux pays africains, les sommes envoyées par les ressortissants vivant à l’étranger constituent déjà une ressource importante pour les ménages et les économies locales. DIASDEV cherche désormais à franchir une étape supplémentaire : orienter davantage cette épargne vers l’investissement productif.
La logique consiste à passer d’une diaspora essentiellement considérée comme une source de transferts à une diaspora capable d’épargner, d’investir et de participer au financement de projets structurants.
Comme l’a indiqué Aline JAEGLE, cheffe de projet DIASDEV lors de son discours présenté dans le cadre du FONED 2026 : « Il s’agit de considérer les membres de la diaspora non plus uniquement comme des personnes vivant à l’étranger, mais comme de véritables acteurs du développement national. »
Cette évolution suppose toutefois de créer des mécanismes financiers suffisamment attractifs, sécurisés et accessibles.
Le premier résultat mis en avant par le projet est précisément ce changement de paradigme.
Il ne s’agit plus seulement de mobiliser des ressources issues de la diaspora, mais de les formaliser et de les transformer en capital de long terme. Autrement dit, l’objectif est de faire évoluer une partie des initiatives individuelles ou informelles vers des mécanismes d’épargne et d’investissement structurés.
« L’enjeu est notamment de faire évoluer les initiatives et investissements informels vers des projets davantage structurés et formalisés », souligne t-elle dans son discours.
Pour le Gabon, cette orientation revêt une importance particulière alors que la question de la mobilisation de l’épargne nationale et du financement de l’économie productive occupe une place croissante dans le débat économique.
C’est précisément sur ce terrain que les Caisses des dépôts et consignations sont appelées à jouer un rôle stratégique.
Au Gabon, DIASDEV prévoit notamment une étude de faisabilité pour la création d’un produit d’épargne destiné à la diaspora gabonaise. Le programme prévoit également un travail sur le cadre juridique applicable aux produits d’épargne en zone CEMAC ainsi que sur les droits nationaux camerounais et gabonais.
L'objectif est de construire un environnement dans lequel un Gabonais établi à l'étranger puisse placer une partie de son épargne dans un produit formel, sécurisé et conçu pour répondre à ses besoins.
La question de la confiance devient alors centrale.
« La diaspora doit devenir un véritable interlocuteur des pouvoirs publics, du secteur privé et de la société civile, notamment sur les questions liées à l’investissement et au financement du développement. »
Transformer l’épargne de la diaspora en financement de l’économie ne peut toutefois se faire sans garanties.
Le projet DIASDEV a ainsi intégré une dimension juridique dès ses premières étapes, avec des études consacrées aux cadres nationaux et communautaires.
Cette approche est particulièrement importante en Afrique centrale, où la construction d’un cadre harmonisé pour les produits d’épargne constitue un enjeu majeur.
La réglementation doit permettre de sécuriser les placements, clarifier les responsabilités des différents acteurs et rassurer les investisseurs de la diaspora.
Car derrière la question financière se trouve une autre question, essentielle : celle de la confiance.
Une diaspora ne peut durablement investir dans son pays d’origine que si elle dispose d’une visibilité suffisante sur la sécurité de son épargne, les conditions de rémunération, la gouvernance des produits et la destination des fonds.
Deuxième enseignement du projet : la mobilisation de la diaspora ne peut être portée par une seule institution.
Elle nécessite une coordination entre les ministères, les institutions financières, les banques centrales, les établissements bancaires, les Caisses des dépôts, les acteurs privés et les organisations de la diaspora.
Le discours présenté dans le cadre du projet insiste ainsi sur la nécessité d’associer « les ministères des Finances, les ministères chargés des Affaires étrangères, les banques, les banques centrales, les conseillers gouvernementaux et les diasporas » à la conception des stratégies nationales.
Cette approche vise à faire émerger des politiques publiques capables de répondre concrètement aux attentes des communautés établies à l’étranger.
Le troisième axe du projet repose justement sur le dialogue.
Des consultations ont été conduites dans plusieurs pays, notamment en Tunisie, en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Cameroun et au Gabon, afin de mieux comprendre les attentes des communautés diasporiques.
Ces échanges doivent permettre de mieux calibrer les futurs produits financiers.
Car l’objectif final est clair : transformer le lien affectif avec le pays d’origine en relation économique durable.
La diaspora peut ainsi contribuer au financement de secteurs aussi divers que le logement, l’agriculture, les infrastructures, l’énergie ou encore les entreprises.
Le véritable enjeu pour le Gabon ne sera donc pas uniquement de mesurer combien d’argent entre chaque année au pays par l’intermédiaire de la diaspora.
Il sera surtout de déterminer quelle part de cette ressource peut être transformée en épargne longue et en investissements productifs.
C’est là que DIASDEV prend toute sa dimension stratégique.
Le programme entend accompagner les CDC africaines dans la création ou l’amélioration d’offres financières destinées aux diasporas. Pour le Gabon, cela ouvre la perspective de produits d’épargne spécifiquement conçus pour les ressortissants établis à l’étranger.
La question est désormais de passer du potentiel à l’action.
À terme, l’ambition est donc de créer un cercle vertueux : épargne, investissement, financement de l’économie, création de valeur, emplois et développement.
Pour le Gabon, la diaspora pourrait ainsi ne plus être seulement une source de transferts pour les familles, mais devenir progressivement une composante de la stratégie nationale de financement du développement.